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Corruption, corruption

Le régime de Jean Charest  ne représente pas une période glorieuse de l’histoire politique du Québec. Sous son gouvernement, on a assisté au triomphe
de l’affairisme et de la médiocrité.
Photo d’archives Le régime de Jean Charest ne représente pas une période glorieuse de l’histoire politique du Québec. Sous son gouvernement, on a assisté au triomphe de l’affairisme et de la médiocrité.

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Ainsi, de graves soupçons planeraient sur l’ex-premier ministre Jean Charest.

En apprenant cela, la plupart de nos concitoyens ont probablement eu une réponse double.

D’un côté, on les devine faire une moue entendue, accompagnée d’un commentaire cynique du genre «on s’en doutait».

La défiance à l’endroit des politiciens est généralisée et le moins qu’on puisse dire est que Jean Charest n’y a jamais échappé. Son régime ne représente pas une page glorieuse de l’histoire du Québec. Sous le gouvernement Charest, on a assisté au triomphe de l’affairisme et de la médiocrité.

Surprise

Mais de l’autre côté, on peut quand même croire que nos concitoyens ont lancé un petit cri d’étonnement, sur le genre «c’est pas vrai?». Parce que c’est quand même surprenant.

On ne parle pas ici d’un petit organisateur miteux non plus que d’un financier puissant mais inconnu du grand public. On parle d’un ancien premier ministre du Québec.

Jean Charest se dit innocent. Entendons-le. Un soupçon ne suffit pas pour condamner un homme. La justice fera son travail. Évitons le lynchage public.

Mais réfléchissons quand même à un phénomène plus large: celui de la corruption des élites politiques.

Il n’est ni spécifique au Québec ni spécifique à notre époque. Le pouvoir politique n’attire pas que des anges et est l’objet de mille sollicitations.

Évitons toute vision angélique. Le pouvoir corrompt les âmes.

Mais notre époque est moins tolérante que les précédentes pour ceux qui s’enrichissent au pouvoir.

Ils devaient servir le bien commun mais ils ont plutôt décidé de se servir de l’État pour rejoindre la classe dirigeante.

Ils ne se sont pas mis au service de leur pays mais au service des puissants qui peuvent les récompenser pour peu qu’ils servent fidèlement leurs intérêts.

En gros, l’homme qui arrive au pouvoir et met la main dans le plat de bonbons est désormais l’objet d’un mépris violent.

D’autant plus qu’en général, il ne se gêne pas pour sermonner et d’expliquer à l’homme ordinaire qu’il vit au-dessus de ses moyens et qu’il devrait vertueusement se serrer la ceinture.

On ne parle jamais aussi bien de l’austérité que bien assis dans son canapé.

La chose est encore plus insoutenable quand le politicien est impuissant et ne parvient pas à améliorer vraiment la société.

Démocratie

Derrière cela, il y a une analyse politique plus subtile qu’on ne le croit.

Confusément, le commun des mortels sent bien que les intérêts des élites économiques ne coïncident plus vraiment avec ceux du plus grand nombre.

Il ne s’agit pas de vomir sur l’argent. Il ne s’agit pas de diaboliser les élites économiques et politiques. Il ne s’agit pas de souhaiter que nos politiciens vivent chichement, comme s’il fallait les condamner au pain sec.

Mais il s’agit de temps en temps de faire le ménage et de remettre le pouvoir au service du grand nombre. Cela fait très longtemps qu’au Québec, ce ménage n’a pas été fait.