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Québec dépose son projet de loi en T.I

Bordel SAGIR
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Attendu depuis l’automne 2015, le projet de loi pour améliorer la gestion informatique du gouvernement a finalement été déposé mardi.

 

Plusieurs présidents du Conseil du trésor se sont succédé depuis que le projet de loi est en élaboration. Martin Coiteux voulait le déposer à l’automne 2015 ou au cours de l’année 2016. Sam Hamad l’a remplacé au trésor, mais n’a pas eu le temps de déposer le projet de loi avant de quitter le conseil des ministres. Carlos Leitao a hérité de son poste et le dossier n’a pas abouti non plus. Finalement, c’est le nouveau président du Conseil du trésor, Pierre Moreau qui a livré le travail, mardi en le déposant au Salon bleu.

 

Le projet de loi (que vous pouvez retrouver ici) vise à renforcer la gouvernance et la gestion au sein des organismes et ministères québécois. Il est la suite de la «Stratégie gouvernementale en TI» déployé par Martin Coiteux à l’été 2015.

 

Le projet de loi, qui sera étudié par les parlementaires au cours des prochaines semaines, prévoit :

 

-Mise en place d’un comité de gouvernance afin de centraliser les efforts de tout l’appareil gouvernemental en informatique. Ce besoin devient criant. Trop d’organismes travaillent en vase clos, juge le gouvernement. Centraliser certaines actions permettra des économies majeures. Le gouvernement ne tolère plus que des organismes se lancent dans des projets informatiques similaires au lieu de conjuguera leurs actions. M. Moreau a aussi confirmé que le nombre patrons informatiques dans les ministères et organismes sera réduit considérablement afin de mieux coordonner les stratégies communes.

 

-Gestion centralisée des investissements. Le Conseil du trésor exigera aux organismes de fournir plus de renseignements sur leurs besoins en informatique. Une plus grande reddition de compte sera exigée en amont, avant que les budgets soient autorisés. En obtenant toutes ces informations, le Conseil du trésor sera ainsi en mesure, également, de mieux comparer les organismes et ministères pour leurs dépenses en technologie de l’information.

 

-Publication de documents stratégiques. Même si les contribuables du Québec paient plus de 3  milliards par année en informatique, le gouvernement ne présentait aucun plan public annuel des investissements en informatique. Ce plan présentera notamment un inventaire des actifs informationnels. Québec propose cette mesure dans «un souci de transparence».

 

Moreau confronté

Le président du Conseil du trésor devait aussi se présenter devant les élus, mardi, pour l’étude des crédits en ressources informationnelles.

 

Les échanges ont été parfois musclés avec le député de la CAQ, Éric Caire. Ce dernier a souligné que le gouvernement n’avançait pas assez rapidement dans le dossier des regroupements des centres de traitement informatique. Ce regroupement est effectivement dans les plans depuis au moins l'année 2012. En 2014, notre Bureau d’enquête a révélé qu’un tel regroupement permettrait des économies de 100 M$ annuellement à moyen terme. C’est le gouvernement lui-même qui a produit une étude pour se le faire confirmer à l’époque.

 

« Pour la CAQ, tout est facile. On fait ça sur le coin d’une table, on claque des doigts (...) Pas besoin de réfléchir. On agit avant de penser», lui a répliqué M. Moreau, ajoutant qu’un plan d’affaires était en cours pour mener à terme ce dossier.

 

Le député du Parti québécois, Guy Leclair, a aussi confronté M. Moreau sur un contrat octroyé par Revenu Québec. Avant les fêtes, il a été a révélé que la firme R3D avait remporté un appel d’offres et avait participé au processus préalable qui a mené à cet appel d’offres. Revenu Québec avait répondu qu’un avis juridique concluait que le processus était conforme. R3D avait dit que ses interventions n’étaient «pas dans le périmètre de l’écriture de l’appel d’offres ou des décisions afférentes à l’appel d’offres.

 

M. Leclair a demandé à M. Moreau si les nouvelles mesures empêcheront de telles situations. « Votre compréhension est bonne», a répliqué le président du Conseil du trésor.

 

Les parlementaires sont aussi revenus sur le projet SAGIR. M. Moreau a indiqué que les trois premières phases (sur sept) du projet ont été réalisées dans les délais et les coûts, totalisant 433,46 M$.  

 

Or, certaines nuances ont été omises par M. Moreau. Les trois premières phases de SAGIR ne se sont pas du tout réalisées dans les délais. La deuxième phase devait se terminer en 2010 et s’est plutôt achevée en 2014. La mouture originale de SAGIR, le projet GIRES, qui a été abandonné en 2003, devait être complétée en 2002 pour 83 M$.

 

Même si les coûts pour les trois phases sont effectivement de 433 M$, comme prévu, il faut souligner qu’une foule d’autres coûts sont aussi à considérer. Les frais connexes et récurrents ont atteint la somme très élevée de 525 M$ entre 2006 et 2016. L’abandon de GIRES a coûté 134 M$. Le remplacement d’un progiciel Oracle coûtera 50 M$. Au total, tous les coûts du projet SAGIR atteignent donc 1,14 milliard de dollars. Les détails des coûts de SAGIR sont disponibles ici.