/misc
Navigation

Jalousies journalistiques

Coup d'oeil sur cet article

La visite de Pierre-Karl Péladeau dans les locaux du Bureau d’enquête à Québec, la semaine dernière, après une série de primeurs de notre part, était inopportune.

On peut expliquer le geste du grand patron de l’entreprise: il respectait une tradition assez sympathique établie par son fondateur de père par laquelle, une fois l’an, il fait la tournée de tous les employés de toutes les divisions de Québecor pour les saluer personnellement. Précision: il ne nous a nullement «félicités», comme l’a écrit le chroniqueur du Soleil Gilbert Lavoie. Ce dernier n’a manifestement pas vérifié ses informations...

Mais nous avons prêté flanc à certaines attaques de la part des politiciens. Nous n’avons pas à nous engager dans un débat avec eux.

Il faut savoir non seulement que le Bureau d’enquête a été créé avant le retour de M. Péladeau à la tête de Québecor, mais aussi que le grand patron nous laisse totalement libres des sujets que nous souhaitons fouiller.

Concurrents rageurs

Certains de nos concurrents médiatiques ont proposé des interprétations étonnantes. Sans doute que la jalousie journalistique motive plusieurs des commentaires lus en fin de semaine.

Le reporter Denis Lessard, dans La Presse, a carrément écrit que l’histoire des courriels de Jean-Louis Dufresne par lesquels ce dernier cherchait, en 2011, à défendre les intérêts d’une entreprise de Marc Bibeau, comprenait «beaucoup de fumée, mais peu de feu». Ainsi, qu’un grand argentier d’un parti au pouvoir puisse tenter de dicter la réponse d’un ministre du gouvernement en chambre ne devrait soulever aucune question? Une tentative d’influence, au surplus, qui s’est faite par le truchement d’une responsable du financement du PLQ, Violette Trépanier, ainsi que par l’attaché de presse du premier ministre, Hugo D’Amours. «Rien pour se retrouver devant les tribunaux», écrit M. Lessard. Si tel était le critère journalistique absolu, le correspondant de La Presse n’aurait pas publié grand article dans sa carrière.

Le choix de l’enquête

M. Lessard laisse aussi entendre que nous sommes maintenant trop nombreux dans nos bureaux de l’Assemblée nationale! Comme s’il pouvait y avoir trop de journalistes en démocratie.

Le Journal de Montréal n’aurait-il pas plutôt mérité, en cette époque où les mises à pied sont légion, un coup de chapeau de la part d’un collègue reporter? Notons que nos journaux ne bénéficient pas, comme le sien, d’un abonnement à La Presse canadienne (trois reporters à l’Assemblée nationale).

La direction de l’entreprise est du reste convaincue que le contenu exclusif fouillé, de qualité, est un gage d’avenir. D’où plusieurs embauches à Ottawa et autant à Montréal. D’autres médias ont préféré, ces dernières années — et c’est leur choix — concentrer leurs investissements dans les plateformes nouvelles.

Sans pour autant négliger le numérique, Québecor a choisi de renforcer ses salles de rédaction et de se doter d’un personnel journalistique d’enquête nombreux, cherchant à faire ce que plusieurs autres entreprises de presse délaissent, alors que c’est la quintessence du métier: fouiller de bonnes histoires. Partout. Dans tous les camps, tous les partis. C’est là notre programme et c’est un honneur d’y travailler.