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Pierre Moreau: la grande dérape

caucus liberal
Photo d'archives Heureusement qu’il y a des journalistes déterminés !

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Ainsi, le ministre Pierre Moreau trouve que les journalistes du Bureau d’enquête font de «l’acharnement».

Et Denis Lessard de La Presse trouve qu’il y a trop de reporters du Journal à l’Assemblée nationale.

L’un trouve que les reporters du Journal travaillent trop.

L’autre trouve qu’ils sont trop nombreux.

Ben coudonc.

Vont-ils nous reprocher d’avoir trop de lecteurs, aussi?

LE SENS DU DEVOIR

Petit message au ministre Moreau: les journalistes du Bureau d’enquête ne font pas de l’acharnement, ils font leur travail, point.

C’est-à-dire: chercher la vérité. Relever les contradictions. Démasquer les menteurs.

Et voir ce qui se cache sous les apparences.

«Quand le sage pointe la lune, l’idiot regarde le doigt», dit l’adage.

Le problème, Monsieur Moreau, n’est pas qu’un aussi grand nombre de journalistes sortent autant d’histoires susceptibles de mettre votre gouvernement dans l’embarras.

Le problème est que votre gouvernement soit si souvent dans l’embarras!

Si votre gouvernement faisait correctement son travail, les journalistes vous laisseraient tranquilles et fouilleraient d’autres dossiers.

Désolé, mais une directrice du financement qui communique avec des cabinets de ministres pour faire avancer des dossiers politiques, des amis du PLQ qui décrochent des postes parce qu’ils sont de «bons fédéralistes», des responsables du financement qui entrent au caucus des ministres comme dans un moulin et un pilier du parti qui «oublie» certains faits devant une commission d’enquête, ce n’est pas banal.

Ça mérite l’attention d’un grand nombre de journalistes qui travaillent avec ardeur.

Vous appelez ça de l’acharnement. J’appelle ça le sens du devoir.

PAR ICI, LES DOLLARS !

La question que je me pose est la suivante: comment se fait-il que la commission Charbonneau, qui avait beaucoup plus de moyens (et pas mal plus de pouvoir) que le Bureau d’enquête, n’a pas découvert que madame Trépanier n’avait pas dit toute la vérité lors de son témoignage (qui, rappelons-le, se faisait sous serment)?

Les enquêteurs de la commission avaient-ils peur de «trop s’acharner» sur elle?

Pourtant, il suffisait de lire ses courriels. Tout était là.

Pas besoin d’avoir un doctorat en sémiologie pour comprendre ce que l’ex-directrice du financement du PLQ voulait dire lorsqu’elle écrivait: «Je croule sous les piassesssss»...

Me semble que c’est assez clair.

RELIER LES POINTS

Certes, la présomption d’innocence existe.

Et les journalistes (aussi «acharnés» soient-ils) ne sont ni policiers, ni juges, ni procureurs.

Mais nous avons le droit de nous poser des questions.

Jeune, j’adorais les jeux qui consistaient à tracer des figures en reliant des points sur une feuille. Le 1 avec le 2, le 2 avec le 3...

Le hic est que lorsqu’il y avait trop de points sur la feuille, tu voyais déjà le dessin avant même de relier les points...

Eh bien, j’ai l’impression d’être devant l’un de ces jeux.

Avant, il n’y avait que cinq points sur la feuille. Puis 10, puis 20.

Maintenant, grâce au travail «acharné» (bonjour, Monsieur Moreau) d’un «trop grand nombre» de journalistes (bonjour, Monsieur Lessard), il y a 60 points sur la feuille.

Il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir le dessin qu’on est censé tracer...