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Paradoxe français

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Quiconque passe un peu de temps en France est frappé par une étrange manie de nos cousins: l’utilisation abusive, pour ne pas dire névrotique, des anglicismes­­.

On refuse de dire courriel, on s’entête à dire «email». On ne parle pas de la collection d’été, mais de la collection «summer».

France

Plutôt que de parler de la bataille­­ des idées, on parle de la «battle». Et cela sans oublier, naturellement, que la version locale de l’émission La Voix s’y appelle The Voice.

Mais au même moment, on ne peut qu’être marqué par la remarquable­­ maîtrise de la langue des grandes figures de la vie publique.

On y cherche le mot juste. On n’hésite pas à employer un terme complexe lorsqu’il le faut.

On sent que la langue est soutenue par la littérature, ce qui n’est pas surprenant dans un pays qui a historiquement placé la littérature au cœur de son identité.

Il y a un bonheur à bien parler. Plus on maîtrise une langue, plus on cherche à exprimer finement ses sentiments, et plus on y parvient­­.

Au Québec, nous fonctionnons à l’envers.

Avec raison, nous traquons les anglicismes. Nous voulons rappeler que le français peut nommer chaque aspect de l’existence. Nous faisons preuve d’une belle inventivité linguistique.

Culture

Mais globalement, la maîtrise de la langue fait pitié. On se contente trop souvent de termes approximatifs. Patente, truc, chose­­, affaire, machin: ces mots servent trop souvent de béquilles à ceux qui ont un vocabulaire handicapé.

Quant à la maîtrise de la syntaxe et de la grammaire, on pourrait parler de faillite linguistique.

Une langue, quoi qu’on en pense, n’est pas qu’un outil de communication. C’est un univers, c’est un rapport au monde. C’est une manière­­ de nommer et de sentir la vie.

Le handicapé linguistique est non seulement handicapé de la pensée, mais handicapé des sentiments­­.