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Marine Le Pen et La Crise (1992)

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Photo AFP

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Si vous voulez mieux comprendre ce qui se passe en France et mieux saisir les raisons du succès de Marine Le Pen, qui pourrait devenir présidente de la République au cours de la journée, un film s’impose: La Crise, de Coline Serreau.

LES OUVRIERS BOIVENT LA TASSE

Sortie en salles il y a 25 ans, cette comédie grinçante, qui raconte les déboires d’un conseiller juridique qui perd coup sur coup (et dans l’indifférence générale) sa femme et son emploi, vaut le détour pour une scène devenue culte...

Celle où un prolétaire qui habite un quartier populaire (Saint-Denis) explique à un intellectuel qui vit dans une banlieue hyper bourgeoise (Neuilly) pourquoi il est raciste.

«Bien sûr que je suis raciste, dit-il en toute candeur. Moi, les étrangers, je vis avec, contrairement à vous! Les trois quarts de la planète sont dans la merde, alors ils essayent tous de déménager là où c’est moins la merde, c’est-à-dire chez nous. Il faut bien que quelqu’un se tasse pour leur faire de la place et leur filer à bouffer...

«Or, jusqu’à présent, ceux qui se sont tassés pour leur faire de la place, ce sont les mecs de Saint-Denis, pas les mecs de Neuilly!»

En d’autres mots: les bobos qui sirotent leur petit espresso et qui dégustent leurs petits sushis dans leur joli appartement peuvent bien triper sur la mondialisation et l’immigration de masse, ce ne sont pas eux qui vivent avec les conséquences de ces phénomènes sociaux.

Ce sont les ouvriers qui perdent leur emploi à cause de la délocalisation!

Ce sont les patrons qui sont heureux de payer des immigrants moins cher!

Ce sont les pauvres qui habitent dans des quartiers populaires qui sont les premières victimes des ratés de la politique d’intégration!

LES PERDANTS, LES GAGNANTS

Tous les démographes qui ont analysé de près le vote des Français le disent: la France qui va bien vote Macron et la France qui va mal vote Le Pen.

Cette semaine, le grand écrivain Michel Houellebecq a accordé une rare entrevue télé sur la campagne présidentielle.

«Qu’avez-vous ressenti en suivant cette campagne? lui a demandé Léa Salamé.

— De la tristesse et de la honte, a répondu Houellebecq.

— Qu’est-ce qui vous a fait honte? La faible teneur du débat?

— Non, le fait que je sois complètement déconnecté de cette France qui a été abandonnée par l’élite. Moi, je suis riche, je suis un gagnant de la globalisation, mes livres se vendent partout à travers le monde... Je ne savais pas que tant de gens tiraient le diable par la queue...»

ABANDONNÉS PAR LA GAUCHE

Et pour qui votent ces laissés-pour-compte?

Pour Marine Le Pen.

Parce qu’ils se disent qu’ils n’ont rien à perdre. Et parce que la gauche ne parle plus aux ouvriers, qu’elle trouve trop beaufs, mais aux minorités ethniques, religieuses ou culturelles.

Voilà pourquoi le Front National est en hausse.

Mais ça, les bobos ne l’ont pas vu venir.

Trop occupés à se regarder le nombril et à lever le nez sur les Français qui écoutent Johnny, boivent du Ricard et mangent des sandwichs jambon-beurre au déjeuner.