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La défaite de Marine

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Tous les commentateurs le disent, et avec raison: les Français n’ont pas tant voté pour Emmanuel Macron que contre Marine Le Pen.

Le taux élevé d’abstention et de votes annulés montre que ni l’un ni l’autre (le fameux mouvement du ni-ni, destiné à lutter contre «le valet du néo-libéralisme» et «la princesse de l’extrême droite») ne passionnait les foules.

Encore une fois, le peuple n’a pas choisi le meilleur, mais celui qu’il considère comme «le moins pire».

Terne époque.

UNE RÉFORME TRANQUILLE

Inconnu au bataillon il y a cinq ans, ne dirigeant même pas un parti politique, mais un Mouvement, Macron prési­de maintenant aux desti­nées de la France.

À 39 ans.

Plusieurs pousseront un soupir de soulagement. Vous imaginez le bordel qu’aurait été la France si le Front natio­nal avait gagné?

Les émeutes, les protestations, les manifestations, les affrontements, le soulèvement populaire, les bagarres, les chicanes? Le pays aurait été ingouvernable, englué dans une crise majeure.

Les Français ont décidé d’opter pour la tranquillité, en élisant le «dauphin» de l’homme qu’ils n’ont cessé de conspuer et de critiquer au cours des cinq dernières années.

UN AUTRE KUMBAYA

Vous connaissez l’adage: en France, on aime les révolutions, mais on est incapable de la moindre réforme.

Eh bien, face à la révolution Le Pen, qui aurait effectué un gros virage à droite sur feu rouge, nos cousins ont décidé de faire confiance à un inconnu qui promet de réformer la fiscalité, le système de justice et les institutions politiques.

L’homme (qui semble avoir une relation fusionnelle avec sa femme, comme notre premier ministre) est jeune, beau, peu expérimenté et photogénique.

Il n’en fallait pas plus pour qu’on le qualifie de Trudeau européen.

Une chose les relie, effectivement: leur foi naïve en un multiculturalisme gnangnan, sauce Kumbaya.

Notre Justin a dit au New York Times que le Canada était le premier État postnational, sans identité propre. Leur Emmanuel a déclaré qu’il n’existait pas de culture française.

Bref, un pays, pour ces deux hommes, ne serait rien d’autre qu’un hôtel-boutique où l’on dépose ses baga­ges après un long voyage.

Comme dirait l’autre: ben coudonc!

Espérons qu’Emmanuel Macron ne filait pas lorsqu’il a prononcé cette phrase malheureuse et qu’il ne livrait pas le fond de sa pensée.

Qu’il parlait des différentes régions de la France, de ses terroirs, de ses particularités...

Un peu comme De Gaulle, qui demandait: «Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromages?»

Car si le nouveau président de la République pense vraiment que le pays qu’il dirige n’a ni culture, ni Histoire, ni valeurs propres, le peuple, qui l’a élu pour ne pas élire l’autre risque de lui mener la vie dure...

SOUS SURVEILLANCE

Une chose est sûre:

Macron a peut-être gagné une bataille, mais pas la guerre.

Car selon un sondage encore tout chaud, plus de la moitié des Français s’apprêtent à voter contre lui aux législa­tives.

Preuve que ce n’est pas tant une victoire de Macron qu’on a vue, hier, qu’une défai­te de Le Pen.

On lui a donné les clés de la maison, mais on va lui assi­gner un chaperon...