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Le talon d’Achille du PQ

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Dès leur apparition dans le paysage politique aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France, à la fin du 19e siècle, les partis politiques étaient perçus comme des «factions» qui divisaient la société et le bon peuple.

Ils se sont imposés comme médiateurs du processus démocratique et se sont vite approprié les idéologies dominantes pour s’ériger en machines électorales. Qu’ils soient de tendance libérale, conservatrice, de gauche, de droite ou du centre, les partis politiques ont une existence relativement récente.

Avec le temps et à la faveur de l’alternance au pouvoir, ils ont réussi à légitimer leur existence en imprégnant leurs clivages idéologiques à la société tout en lui assurant une certaine stabilité politique.

La désillusion

Mais la désaffection croissante des cito­yens à l’égard des partis politiques traditionnels a atteint un niveau dramatique dans les pays démocratiques. Les jeux stériles de la partisanerie politique n’impressionnent plus personne et le cancer de la corruption qui les afflige fragilise leurs assises et mine leur crédibilité.

Il n’est donc pas rare qu’ils soient pointés du doigt comme des fossoyeurs de la démocratie et accusés d’engendrer les monstres du populisme et de l’extrémisme de droite et de gauche.

Au lieu de reconnaître le bien-fondé de la colère des citoyens et pallier la perte de confiance des électeurs par un examen rigoureux de leurs façons de faire, les partis politiques traditionnels ont tendance à se réfugier dans le déni, à se replier sur eux-mêmes et à se scléroser.

Dans le contexte québécois, le Parti libéral du Québec (PLQ), qui souffle, cette année, sa 150e bougie est la matrice de laquelle sont issus le Parti québécois (PQ) et l’Action démocratique du Québec (ADQ) devenue la Coalition avenir Québec (CAQ). En implosant de l’intérieur, le PLQ a contribué à fragmenter le vote francophone et à accentuer l’érosion de sa base militante.

Aux États-Unis, les deux grands partis qui ont dominé la scène politique depuis la fin du 19e siècle – le parti démocrate et le parti républicain – traversent une crise profonde depuis la défaite crève-cœur d’Hillary Clinton et l’élection de l’outsider Donald Trump à la présidentielle de novembre 2016.

La France, un pays où les partis politiques traditionnels ont toujours baigné dans des idéologies irréconciliables, vient d’exprimer son ras-le-bol en votant pour Emmanuel Macron, un candidat ni de gauche ni de droite, dont le mouvement «En Marche» existe depuis à peine 13 mois.

Le rocher de Sisyphe

C’est dans ce contexte qu’il faut situer l’initiative menée par le PQ qui a pris publiquement acte du fossé qui le sépa­re de segments importants de la population et qui a décidé de s’en rapprocher en les consultant sur les conditions de son renouvellement: 1) les 40 ans et moins; 2) les entrepreneurs; et 3) les Québécois issus de l’immigration.

Ce mandat ambitieux a été confié par le chef, Jean-François Lisée, à Paul St-Pierre Plamondon, avocat, candidat défait à la chefferie et conseiller spécial depuis octobre dernier.

En l’espace de quatre mois, Paul St-Pierre Plamondon a livré la marchandise en rendant public, le 30 avril dernier, son rapport «Osez repenser le PQ» pour mettre fin au mutisme politique, après avoir tenu 162 consultations et rencontré 3600 personnes à travers le Québec.

Je ne suis pas d’accord avec tous les constats du rapport ni avec les 156 recommandations proposées, mais je dois saluer la démarche, d’autant plus qu’elle a été menée dans l’ouverture et la transparence. Tous les partis politiques doivent s’en inspirer.

Les communautés culturelles, c’est le talon d’Achille du PQ. Aller à leur rencontre est en soi porteur d’espoir, tout comme la main tendue de Jean-François Lisée aux jeunes anglophones, au Collège Dawson, en février dernier.

Paul St-Pierre Plamondon est de cette génération de Québécois qui ont baigné dans le pluralisme culturel. Il n’a pas peur de confronter les vieux démons du PQ, d’autant plus que sa tournée de consultation s’est accompagnée d’un ensemble de mesures concrètes pour favoriser l’intégration des Québécois issus de l’immigration annoncé par son chef le 6 février dernier.

L’image d’un parti «raciste et xénophobe» dans laquelle s’est enfermé, trop longtemps, le PQ est maintenant cassée.

Désormais, le PQ doit cesser de rouler son rocher de Sisyphe et établir un dialogue franc avec les Québécois issus de l’immigration qui ne repose pas exclusivement sur les gains politiques immédiats, en termes de «vote ethnique», mais surtout sur une volonté réelle de rapprochement avec eux en tant que cito­yens à part entière, au-delà de leurs différences, y compris ceux qui s’opposent farouchement au projet de souveraineté.