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Karaoké Striptease: se déshabiller en se battant avec un micro

Karaoké Striptease: se déshabiller en se battant avec un micro

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À la première soirée karaoké et striptease à laquelle j’ai participée, j’ai brisé la fermeture éclair de ma robe Forever 21, oublié que je portais des collants par dessus mon corset et chanté Barbie Girl comme s'il n'y avait pas de lendemain.

Les soirées organisées par Glam Gam, chaque premier samedi du mois au Café Cléopâtre, se distinguent des karaokés de partys de bureau ou de bars de quartier. 

À tour de rôle, les participants se choisissent une chanson et se rendent sur scène pour la livrer en se déshabillant peu à peu. Une seule règle: pas de pression. 

Une personne peut chanter Toxic de Britney Spears en gardant sa salopette pendant que sa meilleure amie retire col roulé et legging sous les sifflements d’une foule enjouée. 

Pomper son lait avant de montrer ses fesses

Samedi dernier, j’étais prête à récidiver, cette fois sans briser aucune fermeture éclair. Je portais ma jupe de collégienne qui dévoilait mes fesses, un jupon, un chemisier trop serré que mes seins risquaient de faire exploser et des souliers à talons hauts dorés que je n’oserais jamais porter en achetant des carottes biologiques à l'épicerie ou une lime à ongles au Dollorama. 

J’avais bu une boisson énergisante au melon d’eau et, sur la scène perchée du deuxième étage de l’irréductible cabaret de la main, j’étais prête à me dévêtir et à sourire comme si j’étais Miss Canada. 

Dans les loges, l’animatrice de la soirée, Julie, pompait son lait de nouvelle maman avant de suivre Michael aux tables tournantes.

Les cicatrices, les fausses notes et le poil sous les aisselles ne comptent pas

Une blonde, évoquant vaguement une star des années 50, m’a vite proposé de la suivre sur scène. Nous nous sommes ainsi retrouvés une dizaine à faire des acrobaties, sur la plus belle version possible de Bohemian Raphsody

Plus belle version possible parce que les gens chantaient bien et avec conviction. 

Et peu importe si l’on garde ses pantalons à motifs de bananes, si l’on dépose son caleçon bleu sur la tête d’un autre chanteur, si l’on applique de la crème autobronzante à paillettes sur ses jambes ou si l'on ne se rase plus nulle part depuis cinq ans, tout le monde était magnifique.

C’est ce qui est rassurant et réconfortant, d’ailleurs: la diversité corporelle et sexuelle des participants et la possibilité de chanter des succès de Fiona Apple, No Doubt et The Cure en se trompant de mot et sans compromettre l’enthousiasme des spectateurs. 

Célébrer sa beauté et le sucre dans la Smirnoff Ice

Quand une femme dans une petite culotte à pois a terminé I love myself today de Bif Naked, j’avais les jambes étendues sur mon amie qui m’accompagnait à la soirée. D’une banquette au fond de la sale, j’observais la femme enlacer son partenaire après son numéro. 

Je ne sais pas si c’était moi qui projetait mon propre plaisir de me sentir à l’aise partout, mais je devinais cette femme si détendue et fière d’elle d’avoir pu se déshabiller devant une foule d’inconnus. «I love myself today/Not like yesterday

J’ai googlé plus tard les paroles de sa chanson, parce que sur le moment, le sucre de ma Smirnoff Ice et les cheveux de mon amie s'en prenaient à mes aptitudes à chercher quoi que ce soit sur mon iPhone. 

Le consentement: sexy et nécessaire

Pendant la soirée, Julie répétait que le consentement n’était pas seulement sexy, mais absolument nécessaire. N’importe qui pouvait décider de montrer ses grandes lèvres sur scène ou inviter d’autres personnes à se joindre à elle. Si bien qu’une ambiance de camaraderie coquine s’est installée dans la pièce. Certains dansaient comme s’ils étaient membres d’une troupe contemporaine et un homme exécutait plutôt des mouvements de yoga avec pour seul vêtement un sifflet autour du cou.

Même quand j’ai désiré la main de mon amie sur ma poitrine, alors que j’avais déboutonné mon chemisier, je n’avais pas peur d’être pointée du doigt et prise en photo pour une séance de branlade ultérieure.

Une marginalité qui s’oublie en lançant son soutif

Ce n’était pas de voir des chanteuses avec un chandail de cégep Profil Langues ou des mecs en cuir qui m’excitait, c’était le sentiment d’être acceptée par une famille incroyablement ouverte. 

Quand un chanteur s’improvisant animateur de foule s’est permis de répéter trois ou quatre fois que sa chanson était pour les ladies, Michael l’a corrigé: “Et n’oublions pas nos bros, les genderfluids et toutes les personnes in between.”

Alors que mon amie me racontait des histoires de son père qui avait déjà été gérant d’un club de danseuses, je tentais de réprimer mes rires de gamine joyeuse de pouvoir écarter les jambes autant sans être réprimandée. Je suis ensuite allée à la salle de bain pour un selfie devant le miroir, avant de m’écraser sur le comptoir, sans penser qu’il serait recouvert d’eau et de savon industriel. Légèrement dégoûtée, je me suis essuyé les fesses en lisant ce graffiti sur le mur d’une des toilettes: “J’vous aime tous, adorez votre corps...c’est le seul que vous avez xoxo” 

Même si je crois que nous pouvons avoir plus qu’un corps puisque j’ai déjà été maigre avec un corps qui donnait l’impression de pouvoir se briser dès que je me plaçais en position de cowgirl inversée, même si j'ai des gros seins durs et brillants remplis d'eau saline, j’ai apprécié ce graffiti, qui résumait la soirée en nous incitant à s’aimer, à s’amuser et à accrocher des guirlandes autour de nos bourrelets. 

Mon amie et moi avons quitté vers deux heures du matin parce que la Smirnoff Ice était moins bonne que sa salive et que je voulais vraiment mieux nettoyer mes fesses pour ne pas garder de cette superbe soirée que l’inconfort de m’être baignée dans du savon industriel.