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Ces notes qui nous enfoncent dans le plancher

Ces notes qui nous enfoncent dans le plancher
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Qu’on parle de notes ou d’évaluation, on en revient à cette même obsession : chaque personne doit être classée et mise dans une boite de la même façon. Cette maladie de l’étiquette a toutefois de graves conséquences sur nos élèves et joue sur les perceptions qu’a le grand public de l’éducation.

Prenons par exemple ce qu’un ami m’a montré cette semaine. L’enseignante de son fils de 2e année lui a fait parvenir une planification des évaluations allant du 9 mai au 13 juin. Pendant un peu plus d’un mois, les habilités de son jeune garçon de 7 ans seront mesurées presque quotidiennement et il a même été précisé que les examens les plus difficiles seraient pour la fin... 
 
Si c’est déjà un parcours ardu pour un élève en réussite, imaginez ce que c’est pour son enfant autiste qui a déjà de grands défis à relever. Dans le cas des élèves en difficultés d’apprentissage, tout ce temps passé à évaluer plutôt qu’à les accompagner dans des contextes plus personnalisés, c’est un rappel quotidien qu’ils ne sont pas à la hauteur!
 
Pour justifier cette situation, on m’a répondu que les jeunes doivent avoir le juste portrait des difficultés auxquelles ils feront face une fois adultes, qu’il ne sert à rien de leur dorer la pilule. Ridicule. C’est comme affirmer que de dire à votre conjoint à chaque jour qu’il vous déçoit le transformera en un compagnon de vie plus adéquat à long terme...
 
Je suis tout à fait d’accord avec le fait qu’il faut offrir des rétroactions régulièrement aux élèves sur ce qui est en voie d’être acquis et sur ce qui doit être travaillé. D’ailleurs, je crois qu’il faut toujours donner l’heure juste à l’enfant même si ça signifie que celui-ci me regarde avec les yeux mouillés devant la complexité des défis que je lui présente dans un contexte d’évaluation. La vérité est toujours la meilleure option face à la progression des apprentissages, mais elle doit être décortiquée en exemples et en pistes de solutions concrètes. Chacun de nos commentaires sur le parcours d’un enfant a une importance capitale!
 
Bref, je ne dois pas simplement classer l’apprenant devant moi en lui mettant une note chiffrée qui correspond à une catégorie d’élèves. C’est réducteur et cela n’offre pas d’objectifs réalisables à l’enfant. De plus, il est impératif de revoir ce que nous proposons au Québec comme moyens pour évaluer les élèves. Plusieurs enseignants innovateurs utilisent déjà des approches dont nous devrions tous nous inspirer. Malheureusement, leurs regards critiques sur l’évaluation sont encore trop souvent marginalisés.
 
J’ai parlé à mes élèves du «scandale» des notes planchers empêchant les enseignants de mettre moins de 40% aux élèves. Plusieurs d’entre eux, outrés, m’ont livré le fond de leur pensée. Mais, l’ un de mes garçons avait un message pour vous que j’ai promis de vous livrer:
 
«Pouvez-vous leur faire un message Monsieur Éric? Déjà à 60%, je le sais que je ne suis pas bon. À 50%, je sais que si je veux m’en sortir, c’est l’enfer qui m’attend même si je travaille fort depuis 6 ans. À 40%, c’est juste impossible. Je le sais, mes parents le savent et mes amis aussi. Alors, pourquoi vous voulez me marcher dessus avec votre 25%?»
 
Que dire de plus?