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Filet mignon et grand vin à vos frais

Le patron de la SCHL, une société d’État fédérale, a régalé six représentants d’une firme privée en 2014

Filet mignon et grand vin à vos frais
Photo courtoisie

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Filet mignon, langoustines en extra et grand vin; le patron d’une société d’État fédérale a déboursé 1119,58 $ de fonds publics pour un luxueux repas avec une compagnie privée qui touchait déjà 1,5 million $ en contrat du gouvernement.

En septembre 2014, le président de la Société canadienne d'hypothèques et de logement(SCHL), Evan Siddall, a convié six employés du Boston Consulting Group au restaurant Sterling, à Gatineau.

La prestigieuse firme de consultation avait signé, quelques semaines auparavant, un contrat de 1,5 million $ pour effectuer une «analyse du changement» à la SCHL.

La soirée, arrosée de deux bouteilles de grand vin, a coûté environ 160 $ par convive.

Approuvé par le président

<b>Evan Siddall</b><br />
SCHL
Photo Twitter Evan Siddall
Evan Siddall
SCHL

M. Siddall a refusé de nous accorder une entrevue pour nous expliquer le but de ce souper à grands frais.

Du côté de la SCHL, on indique que des boissons alcoolisées peuvent être offertes dans ce genre d’activité, «sous réserve de l’approbation préalable du président», soit M. Siddall lui-même.

«Ces rencontres font partie intégrale de nos opérations quotidiennes», a dit le porte-parole, Charles Sauriol, qui a aussi affirmé que ce souper avait respecté les politiques internes de la SCHL et celle du Conseil du Trésor.

Abusif

«Ça n’a pas de sens. Cette firme est déjà payée par le gouvernement et, en plus, on la reçoit à grands frais? C’est vraiment abusif», a affirmé à ce sujet André Lamoureux, du département de sciences politiques de l’UQAM.

«L’ironie de voir un organisme sensé prôner la prudence dans le marché immobilier et qui agit de façon aussi imprudente n’échappe à personne ici», a aussi souligné Carl Vallée, de la Fédération canadienne des contribuables.

Sous la responsabilité du ministre Jean-Yves Duclos, la SCHL est l’organisme fédéral responsable de l’habitation et dicte notamment les règles hypothécaires. En 2015, elle a reçu environ 2 milliards $ du gouvernement pour son administration et ses programmes de logement social.

 

Facture salée

Filet mignon et grand vin à vos frais
Photo courtoisie

Fruits de mer en extra

En plus de son repas, chaque convive a pu se régaler de langoustines, de crevettes et de pétoncles, commandées en extra.

Filet mignon

Tous les invités ont commandé une pièce de viande, comme un filet mignon, à une quarantaine de dollars l’unité.

Un grand vin

240 $. Voilà ce qu’ont coûté les deux bouteilles de Osoyoos Larose commandées par le patron de la SCHL. «Ce vin de Colombie-Britannique est l’un des meilleurs au pays. Il a très bonne réputation. En d’autres mots, ils n’ont pas acheté de la piquette», dit Marc André Gagnon, rédacteur en chef de Vin Québec.


 Au total, la SCHL a dû débourser 1119,58 $ pour ce repas, soit une moyenne de 160 $ par convive.

 

Ils n’ont rien appris

Ce n’est pas la première fois que la SCHL fait la manchette pour des dépenses jugées excessives. En 2005, Le Journal révélait que son conseil d’administration s’était payé des hôtels de luxe, des repas à fort prix, des tours de bateau, d’avion et d’hélicoptère, des parties de golf et même des bouteilles de vin aux frais des contribuables. Cela avait valu au gouvernement libéral une volée de bois vert en Chambre.

 

Un resto haut de gamme

Le festin aux frais des contribuables s’est déroulé au chic restaurant Sterling, à Gatineau. L’établissement, qui se trouve en bordure de la rivière, se vante sur son site web d’offrir «la plus haute qualité de viande au Canada».

 

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