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La triste leçon

Louise Labonté, mairesse
Photo courtoisie Louise Labonté, mairesse

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De façon générale, les élus politiques se sont bien comportés face aux inondations historiques qui affectent le Québec. La partisanerie mise de côté, les élus vont sur le terrain, l’aide d’urgence est apportée. Trop lentement au goût de certains, mais disons que tous sont pris au dépourvu par l’étendue des zones affectées.

Devant les populations éplorées, les élus prennent des engagements fermes. Ministres et premiers ministres donnent leur parole: ils ne laisseront pas tomber les communautés et les citoyens. L’aide financière sera au rendez-vous en temps et lieu pour reconstruire et réparer. Ces mots rassurent, à un moment critique.

Dans ce concert de bonnes intentions, la voix de la mairesse de Pohénégamook mérite d’être entendue. Cette petite ville du Bas-Saint-Laurent a subi une pluie déchaînée en juillet 2015. Ce coup d’eau a emporté des routes et des ponceaux en plus de forcer l’évacuation de plusieurs résidences.

Au lendemain de la catastrophe, la petite ville inondée avait reçu du soutien et des assurances des élus. Presque deux ans plus tard, la municipalité attend toujours. Moins du tiers des factures encourues pour reconstruire les infrastructures ont été remboursées. Pohénégamook a payé la balance avec un règlement d’emprunt financé par ses propres citoyens.

Au fil des mois, la municipalité s’est fait envoyer de gauche à droite, à la recherche de l’argent qu’elle croyait promis. On lui a même suggéré le Fonds vert! Ce fonds qui semble prendre le rôle du fourre-tout par excellence.

Constat brutal

La mairesse Louise Labonté résume assez durement ce qu’elle a vécu depuis deux ans. «Lorsque l’eau s’est retirée, les politiciens se sont retirés aussi», a-t-elle résumé devant ses citoyens, dans une assemblée. Ayoye! (Relisez cette phrase assassine et redites ayoye! dix fois dans votre tête)

Je ne veux pas utiliser la mairesse de Pohénégamook ni pour dénigrer les engagements des élus ni pour minimiser leur présence sur le terrain. D’ailleurs, je crois profondément à l’importance pour les gens en position de responsabilité de se rendre sur les lieux des événements difficiles. Cela leur donne l’occasion de parler directement aux sinistrés, de constater de leurs yeux les dégâts et surtout d’apporter du réconfort aux gens en proie au découragement.

À retenir

Ce qu’a vécu cette mairesse fournit néanmoins un sérieux enseignement aux élus locaux et aux citoyens qui vont devoir vivre avec les conséquences des inondations. Si l’on vous fait des promesses aujourd’hui, n’hésitez pas à en faire clarifier la nature et le détail. Peut-être serait-il prudent de faire mettre ça par écrit pendant que les inondations sont le sujet de l’heure.

La vie est ainsi faite. À un point dans le temps, toute l’attention et toute la compassion sont tournées vers une cause. Ce jour-là, votre problème est le plus important pour le gouvernement, pour l’opposition (et aussi pour nous, des médias). Un jour viendra où vous tomberez dans l’oubli.

La mairesse de Pohénégamook vous suggère de vous prémunir contre l’oubli.