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Un round pour Marlon B. Wright

Eleider Alvarez a donné un bisou à l’affiche géante de Jean Pascal. Mais ce n’était pas pour se moquer de son adversaire. Cette affiche sera vendue à l’encan… avec le bisou.
Photo Réjean Tremblay Eleider Alvarez a donné un bisou à l’affiche géante de Jean Pascal. Mais ce n’était pas pour se moquer de son adversaire. Cette affiche sera vendue à l’encan… avec le bisou.

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Dans un coin du resto-bar Loïc, rue Notre-Dame, non loin de Ville-Émard, il y avait Guy Jutras qui donnait une longue ­entrevue à un jeune journaliste. En fait, M. Jutras avait déjà vécu 62 ans avant la naissance du journaliste.

Vous pouvez imaginer quel monde invraisemblable il pouvait décrire à ­Simon René et son micro. Un monde où un jeune militaire de la Marine royale canadienne pouvait livrer trois combats... le même soir. Un monde où les champions des Golden Gloves de Montréal étaient de grandes vedettes reconnues partout sur la rue.

Des rues de Montréal dans lesquelles circulaient des tramways à cinq cennes, des rues qui donnaient accès au Red Light District au coin de Sainte-Catherine et Saint-Laurent et à ses bordels et ses cabarets et clubs de nuit comme le Mocambo.

Dans ce Montréal du jeune Jutras, un boxeur touchait 20 $ pour une finale. Il se battait quatre ou cinq fois dans le mois pour aller écouter Jean Roger ou Muriel Millard à la Casa Loma, rue Sainte-Catherine est ou au ­Mocambo, rue Notre-Dame. En y ­laissant la bourse de ses combats.

Le premier grand

Guy Jutras a 86 ans et demeure un fabuleux raconteur. Pendant qu’il ­parlait, Mike Griffin, le grand arbitre international montréalais, écoutait ses histoires avec une attention respectueuse. C’est que Guy Jutras a lui-même formé Mike Griffin et Marlon B. Wright, pour qui le monde de la boxe s’était réuni mercredi soir au Loïc.

Marlon B. Wright souffre d’un cancer foudroyant. Il a d’ailleurs été incapable de se rendre au 5 à 7 organisé en son honneur. Michel Hamelin, le commissaire de la boxe au Québec, lui a parlé après la soirée et Marlon lui a dit qu’il avait été touché droit au cœur par l’évènement. On a ramassé 4500 $ au Loïc, mais surtout David Lemieux a donné les gants qu’il portait samedi dernier à Las Vegas, Artur Beterbiev son peignoir de combat, Jean Pascal une affiche grandeur nature de lui, une des deux qui existent et Eleider Alvarez a apporté lui-même sa ceinture silver WBC qu’il a remise à Nancy Audet, de TVA.

Parce que Nancy, en plus de son ­travail et de son bébé, s’occupe ­également de l’encan silencieux où les ­passionnés peuvent miser pour ­acheter tous les objets remis par les vedettes de la boxe. (sur facebook: Marlon B. Wright: Ringside )

Vous le savez déjà parce que ­Mathieu Boulay a raconté l’histoire, Marlon B. Wright a une chance de ­battre ce cancer. Mais ça doit se passer aux États-Unis et le traitement coûte 120 000 $.

Le combat à 175 livres

Eleider Alvarez a demandé un verre de Perrier en entrant. Ç’a été sa seule demande spéciale. Cet homme est d’une simplicité et d’une gentillesse à couper le souffle. La rumeur voulait que Jean Pascal et lui se battent à 180 livres. Quand j’ai posé la question à Jean Pascal, la réponse a vite claqué: «Moi, j’ai signé un contrat à 175 livres, ça va se passer à 175 livres. Je veux devenir aspirant obligatoire».

Au Loïc, Marc Ramsay n’était pas troublé par la situation. «Si Jean veut se battre à 175 livres, je n’ai pas de problème. Ça veut juste dire qu’il va falloir déshydrater Eleider pour la ­pesée», de dire Ramsay.

Mais je sais qu’il aurait préféré un combat à 180 livres. Il y a trois semaines à peine, Alvarez était en vacances en Colombie et se bourrait de bananes-platanes.

Comment pensez-vous qu’Alvarez mange depuis son retour au Québec? Le régime est très simple. Il prend trois portions de 100 grammes par jour. Des protéines dans le poulet, les crevettes ou le poisson et des légumes vapeur ou grillés. De temps en temps, un fruit. Et de l’eau. «Ça fait rien, je me sens mieux à 175 livres pour me ­battre. Je suis prêt à faire les efforts», s’est-il contenté de dire en haussant les épaules.

Il a été fin. À un moment donné, le producteur Orlando Arriagada U, un Chilien qui a déjà tourné en Colombie, est venu faire un tour. Lui et Eleider ont pu converser une belle demi-heure en espagnol. Au bout du bar, sans ­déranger personne.

Ces invisibles qui font le travail

Alain Villeneuve, un autre des meilleurs arbitres au Québec, est venu ­rendre ce petit hommage à son collègue. Je couvre la boxe depuis 40 ans et je ne l’avais jamais remarqué dans un ring. «Ben voyons, c’est moi qui ai fait le combat entre Eric Martel et Adam Braidwood à Québec. Ça a brassé pas mal».

Brassé? Ç’a été le meilleur combat de la soirée. Et je n’avais pas remarqué la face de Villeneuve? C’est justement ça, un vrai pro de l’arbitrage. Quand il fait très bien son travail ­d’arbitre, on ne le remarque pas.

Hier matin, une fois le ménage fait au Loïc, Marlon B. Wright a appris une autre bonne nouvelle. Adonis Stevenson versait 5000 $ pour venir en aide à Marlon B. Il a également donné ses gants autographiés pour l’encan.

Ah oui! Pourquoi Marlon B.? Parce que son père adorait Marlon Brando...