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Bombardier ou le mépris sans limites

Assemblée annuelle de Bombardier
Photo Pierre-Paul Poulin Pierre Beaudoin, président exécutif du conseil d’administration de Bombardier.

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La vérité toute crue est que Bombardier tient le gouvernement du Québec par les couilles.

L’entreprise le sait, le gouvernement aussi et nous également.

Ce n’est pas tellement à cause des emplois en jeu. Bombardier en a déjà supprimé 7000 en février 2016.

Puis, au mois d’août 2016, elle a annoncé 7500 autres «restructurations», comme on dit pudiquement dans ces milieux.

L’histoire du Québec abonde en entreprises d’ici que l’on croyait insubmersibles: Eaton, Simpson, Steinberg, Dominion.

Mais elles ne bénéficiaient pas de milliards d’aide gouvernementale et n’étaient pas dans un secteur de prestige.

Pognés

Dans le cas de Bombardier, le gouvernement du Québec a mis tellement de notre argent là-dedans au fil des décennies qu’il peut difficilement se retirer.

L’entreprise agit en conséquence, sans la moindre gêne, nous rappelant toujours que les autres avionneurs sont aussi aidés par leurs gouvernements respectifs.

La direction sait qu’elle ne subira pas elle-même les conséquences de ses mauvaises décisions: il lui suffira de retourner voir le gouvernement et de mettre d’autres travailleurs à la porte.

Elle est devenue, comme disent les Américains, «too big to fail».

On pourra gueuler, chialer, pétitionner, interpeller le gouvernement, tout ce que vous voudrez. Rien n’y fera.

On pourra bien dire que les gouvernements d’aujourd’hui et d’hier auraient pu négocier différemment, mais nous avons aujourd’hui le bras jusqu’au coude dans le tordeur.

La petite famille contrôle 53 % des droits de vote. Elle peut donc nous rire au nez.

Même si tous les investisseurs institutionnels voulaient le départ de Pierre Beaudoin, il est réélu avec 92 % des votes.

Même si les présidents non exécutifs des entreprises canadiennes cotées en Bourse gagnent autour de 500 000 $ US et moins, il recevra 3,9 millions $ US.

Remarquez, on envisageait de lui donner 5,3 millions $ US avant le tollé. Ça console, hein?

Pour les autres dirigeants, les hausses sont retardées, mais pas annulées.

Le chiffre d’affaires a pourtant baissé au premier trimestre de 2017.

Je serais aussi curieux de savoir quel rabais sur le prix de vente officiel il a fallu consentir pour réussir à vendre quelques appareils de la CSeries.

Dominique Anglade, totalement impuissante, fait la danse du bacon.

Le premier ministre Couillard nous dit sérieusement qu’il faut continuer à «aimer» Bombardier.

Aimer jusqu’où? Financer jusqu’où? Pendant encore combien de temps? Et si on disait non?

Totalement taboues, ces questions sont imprononçables dans les officines gouvernementales.

Bombardier: un excès du capitalisme ou sa vraie nature étalée au grand jour?

Mépris

Il fut un temps où tous les Québécois étaient fiers de Bombardier. Ce temps est révolu.

Et vous savez quoi? Cette petite bande de goinfres s’en fiche complètement, de ce que vous et moi on pense.

Tant qu’on crache l’argent de nos impôts dans leur direction...