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La bataille continue dans les commerces de détail

Avec le retour en force de Golf Town, les boutiques spécialisées se consolident

Cahier golf GOLF TOWN FAÇADE BOUTIQUE
Photo Martin Alarie

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Alors que les gestionnaires des boutiques de golf spécialisées du Québec se frottaient les mains à l’automne quand le géant Golf Town a mis un genou au sol, voilà qu’ils le voient revenir en force et endosser son titre de plus gros joueur dans la vente au détail.

S’ils pensaient avoir une plus grande part du gâteau en ré­cupérant une lar­ge part des clients, le groupe d’in­vestisseurs Fair­fax Financial Hol­dings leur a coupé l’herbe sous le pied avant la saison morte. Il a fait l’acquisition des 55 magasins à travers le pays.

«Quand nous avons appris que Golf Town était en difficultés financières, je croyais que ça pouvait ramener de la clientèle en pensant aux aspects financiers, indique Martin Bergeron, professionnel et propriétaire de sa boutique spécialisée au club de golf Val-Morin, dans les Laurentides. Toutefois, comme acteur de l’indus­trie, je n’étais pas heureux qu’un commerce soit en difficulté.»

<b>Martin Bergeron</b><br /><i>Golfeur professionnel</i>
Photo courtoisie
Martin Bergeron
Golfeur professionnel

Depuis l’automne, Golf Town a fermé 8 de ses 55 succursales au Canada, dont 2 en territoire québécois, et procédé à une restructuration complète. La société a mis la clé sous la porte à Candiac et à Vaudreuil. La chaîne compte dorénavant six magasins dans la grande région de Montréal, un en Outaouais et un autre à Québec. À travers le Canada, elle compte 48 points de vente.

Encore le géant

Avec une réponse favorable des fournisseurs, les succursales ont renfloué leurs marchandises en pré­vision de la nouvelle saison. Chacune d’entre elles maintient un stock variant entre 1,5 et 5 millions de dollars selon leur surface. L’entreprise endosse donc encore bien son étiquette de géant de l’industrie.

«L’industrie du golf aurait eu beau­coup à perdre avec notre disparition. Nous formons une enseigne forte dans le paysage commercial au pays, dit Frédéric Lecoq, vice-président marke­ting chez Golf Town Canada depuis la restructuration. Si nous sommes en bonne santé, nous tirerons tout le monde vers le haut.

«Pour faire avancer ce sport, il faut que tout le monde travaille ensemble, dans l’intérêt de tous, poursuit celui qui travaillait autrefois chez SportChek et Groupe Forzani. Tout l’écosystème a une mission, c’est de développer le jeu au Canada.»

Après un rude hiver, M. Lecoq voit une réponse positive de la clientèle et un grand achalandage dans les magasins depuis le Tournoi des Maîtres, l’évé­nement qui lance la saison.

Part du gâteau

Avec ce retour en force de Goliath, quelle part du gâteau devront se partager les boutiques spécialisées et celles des clubs de golf? Selon les acteurs de l’industrie du commerce de détail, cette renaissance ne leur fait pas craindre une perte de terrain. Au contraire.

«Depuis plusieurs années, on sent un sentiment d’appartenance de nos membres. Ils apprécient le service plus personnalisé, fait valoir Martin Bergeron. Acheter dans une boutique de club de golf, ce n’est pas plus cher. On peut accoter n’importe quel prix, mais quand le géant décide de liquider en masse, c’est plus difficile à suivre.»

«Si le gestionnaire d’une boutique de club offre de bons produits diversifiés et un bon service, le client est heureux et il achète», témoigne Martin Ducharme, directeur général du club de golf Château Bromont, en Estrie, dont la boutique a trouvé sa niche dans les vêtements et les accessoires.

Ce dernier connaît bien la poutine puisqu’il a géré la succursale de Golf USA à Laval il y a quelques années. Il siège à titre d’administrateur à l’Association des clubs de golf du Québec en plus de son rôle au conseil d’administration de Golf Québec.

«On ne peut pas se battre avec les grosses machines. Aupara­vant, les grandes bannières englou­tissaient tout le monde. Golf Town refait surface, mais il n’agira plus comme il le faisait en prenant le monopole»

Même son de cloche du côté de Québec, où les boutiques B2Golf se chamaillent avec les commerces Liquidagolf et Golf Town.

«Nous essayons de ne pas rentrer en compétition avec nos concurrents, explique l’un des propriétaires de l’entreprise, Pierre-Luc Bergeron. Nos clients nous rendent visite pour des besoins spécifiques. B2Golf est un commerce hybride axé sur l’expérience.

L’avenir est ensoleillé pour l’industrie

L’an dernier, une saison exceptionnelle a fait oublier les périodes plus creuses des 10 dernières années. Après un début de printemps catastrophique, l’industrie du golf espère un autre coup de pouce de Dame Nature pour attirer les golfeurs sur les parcours du Québec.

Avec le soleil et la température clémente de la saison estivale 2016, les directeurs généraux des terrains de golf de la Belle Province ont vu le nombre de parties augmenter. Ils se croisent les doigts pour revivre le même scénario et, qui sait, pulvériser les statistiques.

Déjà, les principaux acteurs de l’industrie ont goûté à l’effer­vescence des salons du golf qui ont eu lieu à Laval et à Lévis en mars et avril. Les amateurs s’y sont présentés en plus grand nombre qu’à l’habitude.

«Même si la saison a com­mencé un peu plus tard dans certaines régions cette année en raison du mauvais temps, on voit déjà un signe que la saison s’annonce positive. Notre offre est di­versifiée avec plus de 300 terrains à travers la province, précise avec plaisir le directeur général de Golf Québec, Jean-Pierre Beau­lieu.

«L’an dernier, tout le monde a vu ses statistiques de parties de golf jouées augmenter, poursuit-il. On veut mettre dans la tête des gens l’idée de jouer plus souvent. C’est pour­quoi nous allons relancer notre publicité Sortez, golfez. On sera éga­lement plus présents sur les réseaux sociaux.»

«La situation est plus rose qu’elle ne l’était il y a plusieurs années, renchérit Louis-Philippe Desjardins, président de l’Association des clubs de golf du Québec (ACGQ). Depuis le Sommet du golf, en 2015, on fait de grands efforts en regroupant les diverses associations de l’industrie à la Table de con­certation sur le golf. Tout le monde participe.

«Avec la saison exceptionnelle en 2016, on veut que la progres­sion continue, ajoute-t-il. On voit un bon engouement des familles et des jeunes.»

Avenir optimiste

En consultant les données de l’Analyse du potentiel du marché du golf au Québec menée par Ipsos Marketing en 2013, M. Beaulieu voit l’avenir avec optimisme. L’industrie aurait rattrapé les 1,72 million de parties perdues entre 2011 et 2013. Lors de la publication de cette étude, les grands acteurs de l’univers du golf visaient le chiffre magique des huit millions de parties en 2016.

«Nous sommes sortis des années creuses. Nous sommes sur une pente ascendante, affirme M. Beaulieu, qui est à la tête de la fédération dénombrant environ 50 000 golfeurs au Québec. Selon nos études, il se dépense plus d’argent sur nos terrains de golf que dans n’importe quelle autre activité. L’avenir est prometteur.»

Parmi les constats établis en 2013, le golf était répertorié comme un sport élitiste réservé aux hommes. Or, les données indiquent que les dames sont de plus en plus nombreuses sur les parcours, en profitant des mêmes avantages que les hommes. Alors que, sur la planète, certains clubs huppés ont longtemps adopté la ligne dure avant de se mettre à l’heure de 2017, le Québec n’a pas hésité à faire un pas vers l’avant. Les golfeuses représen­tent dorénavant près de 30 % de la clientèle de Golf Québec.

Les juniors sont aussi sollici­tés pour établir une bonne fondation, ce qui se voulait un objectif de taille il y a quatre ans. Leur réponse est positive avec une progression constante. Plus de 600 écoles à travers la province offrent des program­mes de golf intégrés aux études. Les pro­grammes «Premier départ» et «Premier élan» incitent les jeunes à la pratique du sport.

«Ça prend de la relève pour remplacer les personnes âgées qui nous quittent. Le golf n’est plus un sport pour gens riches, il est plus accessible à tout le monde», soutient le président de l’ACGQ, M. Desjardins.

Les Canadiens dans la vitrine

Avec la relève canadienne et québécoise qui se positionne autant sur les circuits de la PGA et de la LPGA, les amateurs peuvent aussi s’associer plus aisément au sport.

Les Graham DeLaet, Mackenzie Hughes, Adam Hadwin, Brooke Hen­derson, Maude-Aimée Le­blanc et compagnie font rayonner le programme canadien chez les professionnels. Et de nombreux représentants de l’unifolié co­gnent à la porte des grands cir­cuits.

L’avenir est effectivement plus rose qu’il y a 10 ans.