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L’homme derrière Rocky

Dans Chuck, l’acteur Liev Schreiber prête ses traits au boxeur Chuck Wepner.
Photo courtoisie Dans Chuck, l’acteur Liev Schreiber prête ses traits au boxeur Chuck Wepner.

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Tout le monde connaît Rocky Balboa, le personnage créé par Sylvester Stallone dans les années 1970 qui a servi de base à l’une des franchises les plus lucratives de l’histoire du cinéma. Mais très peu de gens connaissent l’existence de Chuck Wepner, le boxeur qui a inspiré Stallone pour l’écriture du premier film Rocky. Dans Chuck, son nouveau film américain, le cinéaste québécois Philippe Falardeau se penche sur le parcours tumultueux et fascinant de ce boxeur méconnu.

Petit boxeur amateur surnommé «The Bayonne Bleeder» dans sa petite ville de Bayonne, au New Jersey, Chuck Wepner est sorti de l’ombre en 1975 en tenant tête pendant près de 15 rounds au grand ­Muhammad Ali.

La légende veut que c’est en regardant ce combat épique à la télévision que ­l’acteur Sylvester Stallone ait eu l’idée de son film Rocky, qui relate l’histoire d’un boxeur de seconde zone issu d’un ­quartier pauvre de Philadelphie qui ­obtient la chance de se battre contre le champion du monde.

Rocky remportera l’Oscar du meilleur film deux ans plus tard et connaîtra un immense succès populaire.

Comme la plupart des gens, Philippe ­Falardeau (Monsieur Lazhar, Guibord s’en va-t-en guerre) ne connaissait rien de l’histoire de Chuck Wepner avant qu’on lui fasse lire le scénario du film Chuck (qui portait alors le titre The ­Bleeder) il y a quelques années.

«C’était un des scénarios américains que mon agent m’avait envoyés pour que je le lise», raconte Falardeau, rencontré plus tôt cette semaine.

«Je me souviens que j’avais eu tellement de fun à le lire parce que je ne connaissais pas du tout cette histoire. Tout ça était nouveau pour moi. Mais en le lisant, je ne pensais pas nécessairement que c’était un film pour moi. C’est en me réveillant le ­lendemain matin que je me suis aperçu que j’avais envie de retourner lire le ­scénario. Et ça, c’est toujours un bon signe. Ça voulait dire que cette histoire ­m’intéressait vraiment. J’ai donc demandé à mon agent d’organiser une rencontre ­téléphonique avec les producteurs.»

Trois ans après The Good Lie, le ­cinéaste québécois Philippe ­Falardeau propose avec Chuck le ­second film américain de sa carrière.
photo agence QMI, SÉBASTIEN ST-JEAN
Trois ans après The Good Lie, le ­cinéaste québécois Philippe ­Falardeau propose avec Chuck le ­second film américain de sa carrière.

Une célébrité néfaste

Dès ses premières rencontres avec Chuck Wepner et avec l’acteur Liev Schreiber (qui incarne Wepner à l’écran), Philippe Falardeau a insisté sur le fait qu’il ne voulait pas faire un film de boxe. Dans Chuck, le ­réalisateur québéois se penche ­plutôt sur les conséquences néfastes que ce célèbre combat – et la sortie du film Rocky – a eues sur la vie de Wepner. Se croyant devenu célèbre du jour au lendemain, le boxeur s’est perdu dans cette fausse gloire, en faisant un peu trop la fête et en se ­faisant même arrêter pour possession de drogue.

«La boxe m’intéressait mais elle ne m’intéressait pas comme lien narratif principal du film», précise Falardeau.

«Il y a une dizaine de minutes de boxe dans le film alors on ne peut pas dire que c’est un film de boxe. C’est un film sur un boxeur qui est pris dans une spirale à cause de la célébrité que lui a procurée son combat contre Ali et la sortie du film Rocky. C’est un film sur la manière de se percevoir quand on devient célèbre pour les mauvaises raisons.»

«Je crois que Chuck a pu gérer la ­célébrité après son combat contre Ali mais il n’a pas réussi à gérer la célébrité après la sortie de Rocky. Il y a un côté narcissique là-dedans. On veut que les gens nous aiment et on finit par oublier les gens qui nous aiment vraiment. On préfère se faire aimer par des inconnus.»

«Ce qui m’intéressait aussi dans cette histoire, c’était de comprendre pourquoi un personnage qui a tant de défauts et qui a fait tellement d’erreurs pouvait être si attachant. Je pense que c’est parce qu’il porte une innocence encore pure malgré son côté un peu sale. Il y a des gens comme ça dans la vie et il y a des gens comme ça au cinéma. Mais sans ­renier le côté dramatique de cette ­histoire, je voulais aussi que le film soit ludique. Même dans les moments les plus durs, Chuck Wepner a toujours gardé cette bonne humeur un peu désinvolte qui le caractérise. Dans ce sens, il fallait que le film lui ressemble.»


Le film Chuck prend l’affiche vendredi prochain (le 19 mai).