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Couillard ou l’ère du non-accès

Le premier ministre Philippe Couillard
Photo d'archives, Simon Clark Le premier ministre Philippe Couillard

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Les promesses lyriques en matière d’amélioration de l’accès à l’information gouvernementale sont nombreuses et touchantes.

Philippe Couillard y excelle. À l’assermentation de son Conseil des ministres, en avril 2014, il promettait que son gouvernement serait «le plus transparent que les Québécois auront connu».

Lors de son discours inaugural quelques jours plus tard, il osait, sur le même sujet, une lapalissade comique : «Le meilleur remède à l’obscurité, c’est la lumière, la transparence.»

Je vous jure, j’en étais ému.

L’émotion s’est dissipée bien vite, car sous Couillard, les problèmes d’accès, dans les faits, se sont multipliés et politisés.

Pas érotisant

Soit, le sujet n’a rien d’érotisant. «Qu’est-ce que j’en ai à cirer que les journalistes et citoyens aient ou non accès à tel ou tel document?», diront certains d’entre vous.

Oh, mais le ministre Jean-Marc Fournier ne serait pas d’accord! En 2014, il déclarait: «La transparence est l’une des clés pour que s’exerce une saine démocratie, pour que la population ait confiance en l’État, en ses institutions et en ses élus.»

Il promettait à l’époque une révision de la loi d’accès à l’information. Presque trois ans plus tard, on l’attend encore. Dans l’entourage de la ministre actuellement responsable de l’accès, Rita De Santis, on nous explique que la grève des juristes a nui au renouvellement promis.

Pratiques illégitimes

Il y a bien eu deux mesures en 2014: diffusion des agendas des membres du Conseil exécutif et divulgation proactive de certaines dépenses de hauts dirigeants. En pratique, cela n’a pas changé grand-chose.

Pendant ce temps, des demandes d’accès sur des sujets importants et précis sont manipulées de manière éhontée.

Suffit de lire le texte de Charles Lecavalier aujourd’hui, sur cette demande d’accès de la CAQ quant au coût des conférences de presse d’annonce de travaux du ministère des Transports: les montants ont été caviardés! Plus tôt ce printemps, le MTQ avait carrément coulé le résultat d’une de nos demandes d’accès à un autre média!

Dans Le Soleil, on citait en fin de semaine, sous le couvert de l’anonymat, un stratège libéral annonçant que «les demandes d’accès à l’information des journalistes pourraient être placées sous surveillance».

Or, nous en avons eu une confirmation récemment par un courriel envoyé par erreur à un membre de notre bureau d’enquête: une fonctionnaire responsable de l’accès à l’information, échangeant avec un collègue, y écrivait qu’avant de nous envoyer un document demandé, il fallait impérativement «attendre le Cabinet». Jointe au téléphone, elle a expliqué que la directrice du cabinet demandait de filtrer toutes les demandes des journalistes et des oppositions. Un précédent dans sa carrière de presque deux décennies, avoua-t-elle!

On est loin des promesses lyriques de 2014, qui prennent de plus en plus des allures de baratin, de foutaise. Pour éviter un terme anglais que vous avez sans doute deviné.