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Dernier acte de contrition pour la « taupe du SPVM »

L’ex-enquêteur reprend sa liberté après trois ans à l’ombre pour un crime «abominable»

Benoit Roberge
Photo d'archives Benoit Roberge

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«J’ai été imbécile, insouciant, cupide. Je sais que j’ai commis un crime abominable. Mais je suis vivant. Et très chanceux de l’être.»

Benoît Roberge a pu tirer un trait sur sa vie de prisonnier mardi, après avoir purgé trois des huit ans de sa peine pour avoir vendu des renseignements sur des enquêtes et des collaborateurs de police au Hells Angel René Charlebois.

L’ancien enquêteur vedette de la police de Montréal a fait un dernier acte de contrition où, selon ses propres termes, il s’est «mis à nu» sans ménagement en se qualifiant de «tricheur» devant la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC).

Tout un contraste avec l’image du ripou larmoyant qu’on avait surnommé «la taupe du SPVM» et qui rejetait le blâme sur «Balloune» Charlebois — le motard avait enregistré leurs négociations à son insu pour le faire chanter — au moment de sa condamnation en cour, en avril 2014.

« Ça me répugne »

Avec une franchise désarmante, il a calmement admis avoir péché par sa faute, aveuglé par son gros ego.

«Au lieu de faire face à la musique, j’ai pris une chance, a-t-il dit mardi aux commissaires. J’ai gaspillé ma vie, mis des gens en danger, bousillé des enquêtes et trahi ceux qui avaient confiance en moi.»

L’homme de 54 ans a «traversé la ligne» entre le bien et le mal après avoir traqué les motards criminalisés pendant la moitié de ses 28 ans de carrière. «J’ai travaillé dans le mensonge. J’ai étiré mes droits. J’étais dans les ligues majeures, un milieu très dangereux. J’ai fini par l’oublier et je l’ai échappé totalement.»

René «Balloune» Charlebois, défunt membre des Hells Angels du chapitre Nomads, était connu parce que Ginette Reno a chanté à ses noces en 2000.
Photo d'archives
René «Balloune» Charlebois, défunt membre des Hells Angels du chapitre Nomads, était connu parce que Ginette Reno a chanté à ses noces en 2000.

Roberge a empoché 125 000 $ contre des renseignements sur des informateurs de police. Il a aussi été enregistré en demandant un million $ aux motards pour les aider à retrouver les délateurs Sylvain Boulanger et Stéphane «Godasse» Gagné.

«Ça me répugne d’avoir accepté de l’argent. Je l’ai rendu aux policiers. J’ai honte.»

Bénévole pour les sans-abris

Roberge est convaincu que sa vie et celle des membres de sa famille seraient en danger si Charlebois ne s’était pas suicidé après son évasion d’un pénitencier de Laval en 2013.

«La menace serait encore là, connaissant les antécédents de cet individu et le pouvoir financier (des Hells).»

Roberge dit avoir changé en «côtoyant la misère» dans une maison pour sans-abris où il a fait du bénévolat ces derniers mois.

La CLCC l’a enjoint à continuer de travailler bénévolement à la cuisine de cet organisme communautaire de Montréal pendant qu’il profitera de sa libération conditionnelle.

Ce qu’a dit Benoît Roberge

«J’ai fait une erreur avec un informateur et il a pris le contrôle sur moi. Je n’aurais jamais dû céder à son chantage.»

«J’avais peur de tout perdre. Peur de perdre ma réputation, ma job. À cause de mon ego.»

«Au lieu de perdre un doigt, j’ai perdu la main au complet.»

«Je savais que c’était extrêmement grave. Ç’a été un dérapage.»

«Dans mon domaine, j’ai appris à tricher. On devient obsédé par le but à atteindre. C’est un peu comme les athlètes qui se dopent pour gagner à tout prix.»

«J’ai plus de sagesse. Je réalise les torts que j’ai causés. Et je n’ai plus peur de la vérité.»

«Je veux dire aux citoyens, à ma famille et aux gens qui travaillent dans le milieu policier et judiciaire que je regrette.»