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Les meilleures infirmières du Québec: la fée des réfugiés qui arrivent ici

Julie Jacques est le premier contact qu’ont eu des centaines de familles fraîchement débarquées au Québec

Julie Jacques est souvent l’un des premiers contacts que les réfugiés ont avec le Québec. Elle doit tenir compte de leur réalité et de leur passé.
Photo Stevens LeBlanc Julie Jacques est souvent l’un des premiers contacts que les réfugiés ont avec le Québec. Elle doit tenir compte de leur réalité et de leur passé.

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Premier contact avec une toute nouvelle vie pour les réfugiés qui arrivent à Québec, Julie Jacques joue un rôle primordial dans l’inté­gration de ces nouveaux arrivants qui traînent bien souvent avec eux un traumatisant vécu avec lequel l’infirmière a appris à jongler.

Depuis bientôt cinq ans, Julie Jacques consacre sa pratique à l’une des clientèles les plus vulnérables que le système de santé québécois soutient. Sa douceur et son sourire chaleureux sont le premier contact de ces réfugiés avec le Québec, terre d’accueil où ils espèrent une vie meilleure après avoir côtoyé la guerre et des conditions difficiles à imaginer.

«Ces gens-là débarquent à peine de l’avion. Ils sont déphasés, ils sont paniqués, ils gèlent. Ils sont dépassés par les événements après des mois dans des conditions extrêmes», raconte l’infirmière installée à l’Hôpital Jeffery-Hale et qui voit souvent ces patients dans les 24 à 48 heures après leur arrivée.

Un vécu propre à chacun

Après ce premier bilan de santé, Julie Jacques demeure pendant un certain temps le point d’entrée de ces nouveaux arrivants dans le réseau. «Parce qu’ils n’ont aucune idée de ce que sont les CLSC, GMF et sans rendez-vous de ce monde», dit-elle.

Accompagnée en tout temps d’un interprète, elle doit aussi jongler avec les réalités de tous ces patients aux vécus uniques. Parce qu’entre un Syrien «qui a connu un système de santé évolué avant la guerre» et un Africain «qui a passé 20 ans dans un camp à dormir sur la terre battue», il y a un monde de différence explique l’infirmière.

«Moi j’ai ma connaissance scientifique et ma compréhension des risques sur la santé et, devant moi, j’ai quelqu’un qui a son vécu et sa culture. Nous devons métis­ser tout ça ensemble. Mais si c’est une femme qui a été agressée toute sa vie dans un camp, on est ailleurs complètement lorsque je lui demande de subir un Pap test, indique-t-elle. Je dois trouver une façon d’expliquer et de vulgariser, parce qu’elle ne peut pas deviner ce qu’elle ne sait pas.»

Un sixième sens

Et au-delà de cette capacité de vulgarisation hors du commun, Mme Jacques a dû, au fil du temps, développer un sixième sens qui lui permet de saisir rapidement la personne devant elle. Un «ressenti» qui peut faire toute la différence entre une intervention réussie et une situation qui dégénère. «Il faut sentir si la confiance est là. Si on a devant nous quelqu’un qui s’est fait battre, qui a été torturé alors qu’on s’en approche avec une aiguille pour faire un vaccin, ça peut assez vite le ramener à un passé traumatique.»

Accueillant actuellement 400 réfugiés par an, la Clinique des réfugiés a vécu un grand bouleversement l’an dernier avec l’arrivée massive de Syriens. Devant accueillir 250 personnes en deux mois à peine, Julie Jacques admet que l’expérience a été éprouvante.

Un an plus tard, elle se réjouit toutefois de l’adaptation rapide de plusieurs d’entre eux, consciente du rôle d’accueil primordial qu’elle a joué au cours de leurs premières heures au pays.

En faire pour les « vulnérables »

«J’ai un monsieur de 60 ans qui, après un an, parle mieux français que ses enfants qui vont à l’école ici. Il travaille, paye son logement, fait son épicerie, bref il vit comme tout le monde, mais, en plus, il a appris une langue et une culture, souligne-t-elle. C’est remarquable», souligne l’infirmière tout juste admise à la maîtrise en sciences infirmières, ce qui fera d’elle l’une des «super-infirmières» créées par le réseau.

«C’est pour eux que je veux devenir infirmière praticienne. J’ai peur de m’éloigner de cette clientèle en retournant aux études, mais en même temps, je veux en faire encore plus pour ces gens qui sont vulnérables et qui sont souvent oubliés», confie la passionnée.

Julie Jacques, 42 ans

  • Diplômée en soins infirmiers au Cégep de Lévis-Lauzon en 1997 et en sciences infirmières à l’UQAR.
  • A travaillé pendant 14 ans au Centre antipoison du Québec.
  • Travaille à la Clinique des réfugiés depuis 2013.
  • Traumatisés par la guerre

Elle doit communiquer au-delà de la langue à l’aide d’interprètes pour mettre ses patients en confiance. Ces gens sont souvent traumatisés par la guerre et les violences. Sa vive intelligence, son empathie et sa capacité d’écoute l’amènent à une véritable communication qui dépasse les barrières de la langue. Elle suggère constamment des améliorations dans les servi­ces à donner.

– Lise-Andrée Morin, sa belle-mère