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Aimer Montréal n'est pas si simple

Pont Jacques-Cartier
Photo courtoisie PJCCI

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D’abord un aveu: je n’ai jamais trop compris cette histoire de 375ème anniversaire de Montréal. Qu’on célèbre son 350ème ou son 400ème, ça va de soi, mais là, comment ne sentir que nous sommes dans une fête un peu artificielle, faite pour «créer de l’événement», ce qui n’est pas si surprenant dans une ville qui fonctionne à l’événementiel et voudrait se faire reconnaître comme la capitale mondiale des festivals ! Le 375ème me semble surtout relever de l'industrie touristique.

On nous invite aussi à chanter Montréal. Bien franchement, je ne sais trop comment. Certes, c’est ma ville, j’aime y vivre même si elle n’est pas très belle et qu’on ne sait jamais trop quoi proposer comme visites aux touristes de passage. On y trouve, comme on dit, une joie de vivre, probablement celle qu’on reconnaît à notre peuple depuis toujours. Un peuple encabané plusieurs mois par année est naturellement porté, lorsqu’il sort de chez lui, à vouloir faire la fête. Disons que nous excellons en la matière.

Mais je n’y peux rien, notre métropole m’inspire davantage de critiques que de louanges. Je ne parle pas de ses routes crevassées et de ses cônes orange hégémoniques. Ma vie me permet même de ne pas trop les subir. Je suis du camp des sédentaires. J’essaie, en général, de vivre dans mon quartier et de ne pas trop me déplacer en bagnole, même si j’en ai une. J’ai près de chez moi mes restaurants, mon marchand de journaux, quelques bonnes librairies et le mont Royal. L’essentiel pour vivre!

Ce que je ne tolère pas de Montréal, c’est l’exaspérante prétention de certains montréalais à se prendre pour l’avant-garde si éclairée de la société québécoise qu’ils n’auraient plus grande chose en commun avec elle. Montréal regarde de haut le Québec francophone comme s’il était retardé historiquement. Il se prend pour un laboratoire diversitaire. Montréal cultive son dialecte franglais. Montréal chante son bilinguisme pour mieux masquer qu’elle s’anglicise. Bonjour/Hi, Bonjour/Hi! Le pire, c’est qu’ils sont nombreux à s’habituer à cela.

Montréalais d’abord! Ceux qui se présentent ainsi sont surtout occupés à se délier sans trop le dire de l’identité québécoise, comme s’ils ne voulaient plus la porter, l’assumer et l’endosser. Ils rêvent, de temps en temps, de se séparer du Québec. Ils en sont souvent séparés mentalement. Le jour de l’indépendance, ils penseront à faire sécession au nom d’un nouveau peuple montréalais réclamant sa cité-État. À Montréal, l’identité historique québécoise est trop souvent jugée résiduelle. Elle n’est plus la norme à laquelle s’intégrer.

Et pourtant, il faut bien aimer le monde qui est le nôtre. Alors j’essaie d’aimer Montréal. Je me dis surtout que je ne pourrais pas vraiment vivre ailleurs. J'aime Rosemont, j'aime le Plateau, j'aime Notre-Dame-de-Grâce, j'aime Outremont. Quand je reviens chez moi, c’est ici. Mais j’aimerais quand même ne plus m’y sentir comme un étranger qui appartient au monde d’avant, celui qu'on congédie ardemment. J'aimerais m'y sentir un peu plus chez moi. On rêvait autrefois d’un Montréal français. Personnellement, j’y rêve encore. Un rêve qui vient avec celui d’un Québec libre. L’un n’ira pas sans l’autre.