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Justin Trudeau et Being There (1979)

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Plusieurs films nous permettent d’appréhender le phénomène Justin Trudeau: Les Calinours au pays des merveilles (1987), Les Bisounours au royaume des rigolos (2004) ou Blondine au pays de l’arc-en-ciel (1985).

Mais mon préféré demeure Being There, de Hal Ashby, un cinéaste sous-estimé à qui l’on doit le film-culte Harold et Maude.

DE CREUX À PROFOND

Intitulée Bienvenue mister Chance en français, cette fable écrite par Jerzy Kosinski (un romancier d’origine polonaise qui s’est enlevé la vie après avoir été accusé de plagiat par le Village Voice) raconte les aventures d’un jardinier quinquagénaire qui n’est jamais sorti de la maison de son employeur.

Naïf, candide et simple d’esprit, cet homme-enfant interprété par Peter Sellers vit dans une sorte de bulle et passe ses journées à arroser des plantes, à arracher des mauvaises herbes et à parler aux fleurs.

Malheureusement, un jour, son patron passe l’arme à gauche, et notre jardinier doit quitter son paradis terrestre pour affronter le vrai monde.

Par un concours de circonstances (il se fait frapper par un véhicule conduit par une amie du président des États-Unis), le pauvre jardinier en vient à fréquenter l’élite politique et médiatique de Washington.

Tout ce beau monde le trouve génial.

Pourtant, le gars (qui est con comme la lune) ne connaît rien à rien, il se contente de parler de ses plantes et de ses fleurs. Mais ses interlocuteurs prennent ses platitudes pour des métaphores brillantes sur l’état du monde.

Le président le considère même comme un sage!

À la fin, cet homme creux que tout le monde croit profond devient la coqueluche des riches et des puissants. Certains souhaitent même qu’il entre à la Maison-Blanche, pour prendre en main les destinées du pays...

UNE PAGE BLANCHE

La force de ce Pierrot lunaire est qu’il est tellement vide, tellement innocent qu’il ressemble à une page blanche. Les gens projettent sur lui ce qu’ils veulent bien y voir.

La moindre banalité qui sort de sa bouche est prise comme un oracle, une perle de sagesse.

Dans une scène, le jardinier parle des racines des arbres et du passage des saisons. Or, tout le monde croit qu’il commente la politique économique du gouvernement!

«Oh que c’est rafraîchissant!, lui dit un conseiller du président. Quelle parole optimiste! J’admire votre gros bon sens, c’est exactement ce qui manque au Congrès»

Vous ne trouvez pas que ça ressemble à notre Justin national?

Je ne dis pas que notre premier ministre est simplet, l’homme a voyagé, fréquenté les grands de ce monde, mais enfin...

Que dit-il au juste? Quel est son propos, quelles sont ses idées?

Ses discours dégoulinants de bonnes intentions alignent les lieux communs, les paroles creuses et les formules toutes faites.

Même ses ministres parlent comme lui! Vous avez déjà entendu une phrase intéressante sortir de la bouche de Mélanie Joly?

AU BON MOMENT

Comme le titre du film l’indique, le héros de Being There a une destinée incroyable, car il est à la bonne place au bon moment.

Il est gentil, pas menaçant pour deux sous et il fait rêver avec ses discours gnangnan...

Que demander de plus?

L’antidote parfait au cynisme ambiant.