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Montrer patte blanche

Gaetan Lelievre
Photo Agence QMI, Simon Clark Jean-François Lisée a compris que, s’il n’excluait pas Gaétan Lelièvre de son caucus, ses attaques contre l’éthique des libéraux allaient perdre toute crédibilité.

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Déjà fragile, la dernière chose dont le Parti québécois avait besoin était de traîner son propre scandale jusqu’à l’élection d’octobre 2018. En excluant son député Gaétan Lelièvre du caucus, le chef péquiste Jean-François Lisée l’a bien compris. S’il n’avait pas bougé, ses attaques contre les libéraux sur l’éthique auraient aussi perdu toute crédibilité.

Ce qui n’enlève rien au bon réflexe qu’il a eu hier. Et ce, le jour même où notre Bureau d’enquête révélait des courriels montrant que M. Lelièvre, alors qu’il était directeur général de la Ville de Gaspé, demandait et recevait des «avantages» de la firme de génie-conseil Roche.

Omnipotente, Roche se montrait aussi généreuse en financement politique illégal. C’est dans ses bureaux que les ex-ministres libéraux Sam Hamad et Marc-Yvan Côté, lui-même accusé de corruption, se sont liés d’amitié.

Extrême candeur

En s’excusant, Gaétan Lelièvre n’efface rien de ce qu’il a fait. Il montre néanmoins une lucidité qui tranche avec le déni du PLQ dès qu’il est question d’éthique.

Ces courriels révèlent aussi l’extrême candeur des «gars» de Roche quand ils font eux-mêmes le lien entre leurs «cadeaux» offerts au député et leur espoir d’en récolter des contrats publics en retour. «Cr... qu’on est guedounnnnnnne...», écrit fièrement l’adjoint à la présidence de Roche.

Si autant de firmes ont beaucoup donné illégalement aux partis ou «gâté» des élus, c’était pour «développer» leurs affaires auprès de l’État, et non pas par amour de la démocratie. Profitant de lucratifs contrats publics ou espérant en avoir, leur «investissement» était en fait minime.

C’est pourquoi la recherche d’un «lien» direct entre tel contrat et tel «cadeau» ou don illégal est une erreur de perspective. Le vrai problème est le climat de copinage politico-affairiste qu’engendrent de tels comportements. Un climat malsain qui, au pire et jusqu’à récemment, pouvait déboucher sur la corruption, le financement occulte et le détournement de fonds publics.

Culture détestable

Dans sa dernière publicité, la CAQ s’érige en parangon de vertu pour mieux se distinguer de ce qu’elle appelle les «vieux partis» - le PQ et le PLQ.

Même si la référence à de «vieux partis» n’a rien d’original, François Legault profite de son effet de mode. En Occident, la notion d’élites usées et déconnectées est dans l’air du temps.

Or, difficile de dire qu’avec ses 16 ans de politique active, M. Legault dégage lui-même le parfum enivrant de la nouveauté. Idem pour la CAQ, l’héritière en droite ligne de la défunte ADQ.

Cela dit, l’affaire Lelièvre a du bon. L’exclusion rapide du député et ses excuses, forcées ou non, créent un précédent pour les prochains élus, tous partis confondus. Du moins ceux qui auraient des squelettes dans le placard.

Elle dit aussi que la patience des citoyens face à cette vieille culture détestable des «copains d’abord» est chose du passé. Les élus doivent montrer patte blanche. Comme disait ma grand-mère, c’est déjà ça de pris.