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Prête à tout pour protéger ses sources

<b>Marie-Ève Maillé</b><br>
<i>Chercheuse</i>
Photo Yanick Poisson Marie-Ève Maillé
Chercheuse

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VICTORIAVILLE | Une chercheuse tente de casser un jugement qui l’oblige à dévoiler l’identité des participants d’une étude sur la détérioration sociale attribuable à l’implantation d’un parc éolien aux promoteurs du projet.

Pour elle-même, mais aussi pour les autres chercheurs canadiens, Marie-Ève Maillé a plaidé devant le juge Marc St-Pierre que les auteurs de recherches impliquant des êtres humains aient les mêmes privilèges que les journalistes relativement à la protection des sources.

«Il y a des gens qui m’ont donné de l’information en me faisant promettre que ça demeurait confidentiel. Ils parlent de leurs voisins, de gens de leurs communautés. Ça m’apparaît impensable de me rendre là (à la divulgation des noms des répondants)», affirme Mme Maillé.

Outrage au tribunal

La chercheuse est prête à aller loin pour préserver la confidentialité des 93 répondants de cette étude sur les tensions existant dans les trois petites collectivités de Saint-Ferdinand, Saint-Pierre-Baptiste et Sainte-Sophie-d’Halifax, qui ont vu apparaître une cinquantaine d’éoliennes dans leur paysage. Si la requête de révision/rétractation soumise au juge St-Pierre ne suffit pas, elle entend porter l’affaire en Cour suprême.

«Je ne vois pas pourquoi on s’arrêterait. S’il y a lieu, on portera ça devant la Cour suprême et si ça ne fait pas, j’irai plus loin. Ça me fait peur et il y a des jours où je suis plus courageuse que d’autres, mais je pense à la désobéissance, quitte à être accusée d’outrage au Tribunal», ajoute-t-elle.

Jurisprudence

Marie-Ève Maillé est épaulée dans sa requête par l’UQAM, pour qui elle a réalisé la recherche, par l’Association canadienne des professeurs d’université, ainsi que par les Fonds de recherche du Québec.

«Quel peut être l’impact d’ouvrir une telle brèche? On notera certainement une baisse de participation aux recherches, ainsi qu’une réticence à fournir des réponses franches», illustre l’avocat des Fonds, Mathieu Piché-Messier.

Le Tribunal a déjà refusé la divulgation des noms de participants à des recherches dans deux affaires au Québec récemment. Il a notamment refusé de donner accès à une étude à laquelle avait participé Luka Rocco Magnotta.