/finance/business
Navigation

Au cœur d’une nouvelle guerre commerciale

Le DoC américain enquêtera sur les accusations de Boeing

STOCKQMI-AVION
Photo Agence QMI, Joêl Lemay Les avions visés: le CS100 (photo) et le CS300. Ces appareils de 100 à 150 sièges viennent concurrencer le B737, selon Boeing.

Coup d'oeil sur cet article

Bombardier n’est pas au bout de ses peines. Le Department of Commerce (DoC) des États-Unis a déclenché hier une enquête sur l’avionneur et ses C Series, à la suite d’accusations de Boeing. L’entreprise et le gouvernement du Québec promettent de réagir.

Le DoC des États-Unis lance une enquête concernant les allégations de «dumping», c’est-à-dire de vente à un prix inférieur au coût de production, et de concurrence déloyale sur l’entreprise québécoise.

«Le marché américain est le plus ouvert du monde, mais nous devons prendre des mesures si nos règles ont été brisées», a déclaré le secrétaire du Commerce, Wilbur Ross. «Tout en s’assurant que l'affaire est décidée de façon juste et équitable, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour défendre les entreprises américaines et leurs travailleurs.»

Avions à rabais ?

À l’origine des plaintes émises au DoC et à la Commission du commerce international (ITC) des États-Unis: la vente de 75 avions C Series de Bombardier à Delta Airlines, l’an dernier. Boeing soutient que Bombardier s’est «embarquée dans une campagne agressive pour vendre ses avions de la C Series sur le marché américain à des prix absurdement bas».

Les avocats de Boeing allèguent aussi que les subventions reçues par Bombardier de la part de Québec et d’Ottawa permettent à l’entreprise montréalaise de s’attaquer injustement au marché américain.

L’audience d’hier du DoC sera suivie d’une annonce de l’ITC concernant son volet de l’enquête le 12 juin.

Bombardier promet de démontrer que la pétition de Boeing «n’est pas fondée et léserait les sociétés aériennes, les voyageurs et l’innovation» dans le secteur aérospatial. La poursuite de Boeing menace plus de 20 000 emplois aux États-Unis, selon elle. «Boeing n’a pas perdu une seule vente à cause des avions C Series et [...] n’était pas en concurrence avec les avions C Series pour la commande de Delta.»

« Défendre vigoureusement »

Le gouvernement Couillard s’engage à «défendre vigoureusement ses interventions» dans le projet C Series de Bombardier. «Le Québec se conforme aux engagements internationaux [...] et l’investissement du gouvernement s’est fait dans le respect des règles internationales du commerce», dit-on.

Aussi visée par la plainte, la Caisse de dépôt et placement, actionnaire de Bombardier, compte également réfuter les allégations «choquantes et sans fondement».

Une firme chinoise s’intéresse aux appareils C Series

Pendant qu’elle prépare sa défense devant les autorités américaines, Bombardier suscite également l’intérêt de la Chine. Commercial Aircraft Corporation of China (Comac) chercherait à devenir actionnaire du programme d’avions C Series.

Comac et une banque influente souhaitent investir dans le C Series, qui est détenu conjointement par Bombardier et le gouvernement du Québec, rapporte le Financial Times.

Selon le quotidien de Londres, cette entreprise qui appartient au gouvernement chinois et Bombardier ont tenu au cours des derniers mois des pourparlers afin d’envisager un rapprochement, sous forme d’investissement ou d’achat d’actions.

Les discussions durent depuis un certain temps, mais une décision ne serait pas sur le point d'arriver, poursuit une source citée par le journal.

Selon le Times, l’accès au C Series et à ses technologies de prochaine génération permettrait à Comac de renforcer ses propres avions, qui sont actuellement homologués pour la Chine seulement et composés pour l’essentiel de pièces venant d’autres constructeurs.

Les deux avionneurs avaient déjà songé à collaborer par le passé afin de mieux concurrencer les avions de Boeing, mais cela ne s’était pas concrétisé.

Québec doit donner son feu vert

Le bureau de la ministre de l’Économie, Dominique Anglade, s’est montré peu enthousiaste face aux «spéculations» concernant le C Series.

«En vertu de la convention d’actionnaires, l’accord du gouvernement du Québec est nécessaire pour tout partenariat et l’entente de continuité prévoit le maintien au Québec du siège social de la C Series, des emplois associés et de l’assemblage des appareils», a toutefois tenu à rappeler une porte-parole.

Bombardier n’a pas souhaité commenter ce qu’elle qualifie de «rumeurs». Et sur le marché, l’action de Bombardier n’a pas semblé susciter un intérêt hors de l’ordinaire.

Les accusations de Boeing

♦ Boeing a déposé une plainte contre Bombardier, qu’il accuse de vendre les C Series à un prix inférieur à leur coût de fabrication.

♦ Boeing demande à l’ITC d’imposer des droits de contrepartie et anti-dumping qu’a vendus Bombardier à Delta l’an dernier.

♦ Les avions visés: le CS100 et le CS300. Ces appareils de 100 à 150 sièges viennent concurrencer le B737, selon Boeing.

♦ Bombardier prétend que c’est faux et que les pénalités demandées par Boeing menacent les emplois de 20 000 travailleurs américains.