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Le cellulaire en classe reste un fléau malgré l’interdiction

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Dans le cadre d’une vaste enquête, des jeunes ont affirmé au chercheur Thierry Karsenti qu’ils «écoutent un peu en même temps» qu’ils utilisent leur cellulaire en classe. «Ça fait un peu peur», laisse tomber M. Karsenti.

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Même si l’usage du cellulaire est interdit en classe, plusieurs élèves du secondaire l’utilisent pour envoyer des textos ou consulter leur profil Facebook pendant leurs cours de maths ou de français, révèle une vaste enquête obtenue par Le Journal.

Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies en éducation, a réalisé une étude menée auprès de 4390 élèves du secondaire, âgés de 14 à 16 ans.

Malgré l’interdiction, les élèves affirment voir leurs amis envoyer des messages textes (91%) ou consulter Facebook (64%) pendant les cours. Environ la moitié d’entre eux estiment que cette utilisation peut les déranger ou les déconcentrer.

«Les écoles ne se rendent pas compte à quel point les technologies sont quand même présentes dans les salles de classe», lance M. Karsenti. Des jeunes lui ont raconté comment ils s’y prenaient pour consulter discrètement leur cellulaire en classe, certains allant même jusqu’à cacher leur téléphone dans leurs chaussettes.

«Côté obscur»

Le chercheur, qui ne veut pas «démoniser» le cellulaire à l’école, y voit tout de même un «côté obscur». «Si les élèves sont toujours sur leur téléphone, même discrètement en salle de classe, ça ne peut pas les aider à apprendre», affirme-t-il. Des jeunes lui ont affirmé qu’ils «écoutent un peu en même temps» qu’ils utilisent leur cellulaire en classe. «Ça fait un peu peur», laisse tomber M. Karsenti.

Le chercheur de l’Université de Montréal, qui n’en est pas à sa première étude sur le sujet, précise que l’omniprésence des réseaux sociaux en classe – surtout Facebook, Instagram et Snapchat – distingue cette enquête des autres réalisées précédemment, puisque les élèves qui possèdent un cellulaire ont maintenant presque tous en main un appareil intelligent.

«Ce ne sont pas uniquement les textos, mais aussi les notifications provenant des réseaux sociaux. Les élèves nous ont dit qu’ils ont du mal à résister aux notifications qu’ils reçoivent», affirme M. Karsenti. Après avoir mis en ligne des photos de leur nouveau manteau ou de leur bol de céréales, les élèves sont en quête de like, même pendant leurs cours de math, raconte-t-il.

Responsabiliser plutôt qu’interdire

Puisque l’interdiction ne semble visiblement pas efficace, M. Karsenti affirme qu’il vaut mieux éduquer et responsabiliser les élèves face à l’utilisation du cellulaire en classe. «Il y a une absence de codes sociaux par rapport à l’usage du cellulaire en classe. Il faut leur faire prendre conscience des défis que ça peut poser pour leur réussite scolaire», ajoute-t-il.

Les résultats détaillés de cette étude seront présentés vendredi dans le cadre du Colloque international en éducation qui se déroulera à Montréal.

Enquête sur l’utilisation des téléphones cellulaires par des élèves du secondaire

 

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

4390 élèves de 14 à 16 ans interrogés provenant de sept écoles secondaires

Parmi eux :

  • 80% possèdent un téléphone cellulaire
  • 91% voient d’autres élèves texter en classe
  • 64% voient d’autres élèves consulter Facebook en classe
  • 56% considèrent qu’il est acceptable d’envoyer ou de consulter des messages textes en classe
  • 48% affirment que la déconcentration et les problèmes d’écoute sont les désavantages les plus fréquents de l’utilisation du cellulaire en classe.

Cellulaire : peu de contrôle à la maison

À la maison, plusieurs adolescents peuvent utiliser leur cellulaire sans restriction, ou presque.

Selon l’enquête réalisée par Thierry Karsenti, professeur à l’Université de Montréal, seulement 16% des adolescents interrogés font face à une restriction à table, au lit ou lors d’activité en famille si bien que la grande majorité des jeunes de 14 à 16 ans peuvent texter lors de repas en famille ou sous les couvertures en plein milieu de la nuit sans transgresser aucune règle familiale.

Toujours selon la même étude, 33% des élèves interrogés ont des parents qui n’imposent aucune règle à la maison concernant l’utilisation de leur cellulaire, alors que 46% des élèves se voient imposer plutôt une seule règle en moyenne.

«L’absence de règles à la maison m’inquiète un peu, lance M. Karsenti. Est-ce que c’est bien de ne pas avoir de règles à cet âge-là?»

Le français malmené

Par ailleurs, cette enquête permet d’apprendre que 82% des jeunes ne font pas attention à la langue française lorsque vient le temps d’envoyer un texto.