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Un «must»: prévoyez votre maladie et votre mort

Un «must»: prévoyez votre maladie et votre mort
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Doit-on abolir les urgences?

En période d’austérité, la question se pose. C’est même légitime et responsable de se la poser : doit-on abolir les urgences? Les fermer représente juste une simple question de solidarité. Ainsi, mes amis, en éliminant les urgences au Québec, on pourra être, comme collectivité, moins injuste et plus équitable envers nos élites. Le PLQ pourra continuer de façon bienveillante à en donner plus aux nantis et aux compagnies en baissant davantage leurs impôts et en faisant disparaitre ces impôts au décès lors du don de leur belle grosse business à leur progéniture. Une vache sacrée à nos créateurs de richesse, car la classe moyenne, qui va céder un peu de biens à leurs enfants, devra payer l’impôt sur le gain en capital. Fermer les urgences à tout jamais permettrait aussi au gouvernement du PLQ d’accroitre les subventions gouvernementales, payées dans vos poches, aux B.S. corporatifs et ainsi leur permettre, en toute tranquillité, de détourner plus d’argent dans les paradis fiscaux sans être harcelés. Moi, je dis que l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux devrait même être subventionnée par l’État.

En continuité avec le programme du PLQ

Mes amis, le bon docteur Barrette l’a dit : «Des coupes agressives pour garantir la survie du système de santé dit Barrette» (Le Devoir, 26 juin 2014). Des coupes agressives, comme dans le cas des urgences, qu’il a faites en toute sérénité : «Parmi les pires urgences en Occident. Les séjours moyens des patients sont plus du double des normes internationales» (Le Journal de Montréal, 3 juin 2016). Bravo, le Québec est dans le livre des records Guinness grâce à ses urgences.

Et puis, le ministre Barrette a poursuivi dans ses élans de grandes obsessions : «Un débat sur le panier de services s’impose dit Gaétan Barrette» (Le Devoir, 13 novembre 2015). Comme réviser l’utilité de maintenir ou pas les urgences au Québec pour le peu qu’il en reste. C’est en rayant du menu de services offerts en santé les urgences que Philippe Couillard va pouvoir sauver encore plus le Québec et pour toujours : «Le gouvernement a sauvé le Québec, selon Couillard» (Le Journal de Montréal, 6 décembre 2016). Ayoye! Voilà ce que je suggère à Couillard et à Barrette. C’est justement recommandé par le syndicat des docteurs : «L’électrochoc revient à la mode. Le Collège des médecins juge même qu’il est sous-utilisé» (Le Presse, 10 décembre 2001). N’ayez crainte, on va payer la facture d’électricité. Croyez-moi mes amis, ça vous ferait grand bien. Réviser le panier de services par la privatisation est une autre lucide alternative ou appliquer aux urgences le principe de l’utilisateur-payeur.

Planifiez votre maladie

Ce n’est pas tant difficile à comprendre qu’il ne faut pas tomber malade n’importe quand! Faut planifier, en signe de solidarité, sa maladie et sa visite à l’urgence. En plus du «brillant» cours d’éducation financière qui deviendra obligatoire à l’automne 2017 pour nos étudiants du secondaire V, pourquoi ne pas en ajouter un autre du genre : «Budgétez votre maladie et votre décès?»

C’est la faute aux Québécois

Oui, si les urgences débordent, ce n’est pas dû aux agressives coupures en santé du PLQ qui nous avait juré qu’elles n’affecteraient en rien la qualité et la quantité des services offerts et que l’on pouvait faire mieux avec moins. Non, si les urgences pètent de partout, c’est la faute des Québécois qui ne savent pas pantoute planifier leurs bobos et leur fin de vie. Un point, c’est tout. Oui, la vérité choque, mais c’est de mon devoir de vous le dire en toute franchise : «20 heures d’attente» et «Tannés, 1000 patients quittent l’urgence sans soins chaque jour» (La Presse, 27 mai 2010 et Le Journal de Montréal, 6 mai 2016). Vous voyez bien que Barrette a amélioré notre système de santé publique. En 2016, c’est 1000 patients qui quittent l’urgence sans soins chaque jour et, en 2011, c’était : «Des patients exaspérés. Découragés par le temps d’attente aux urgences, des milliers de malades québécois quittent chaque année l’hôpital sans avoir vu un médecin» (La Presse, 20 mai 2011). Plus ça change, plus c’est pareil du PQ au PLQ et du PLQ au PQ, n’est-ce pas? Des promesses d’ivrogne.

Mes conseils pratiques pour désengorger les urgences

J’espère que mes conseils seront intégrés par les ministères de l’Éducation et de la Santé dans le cours à venir au secondaire sur la planification de la maladie et de la mort. Commençons : mon premier conseil est d’éviter les urgences, même si vous êtes très malade, car cela pourrait empirer votre cas : «L’urgence, c’est devenu dangereux. Un urgentologue de la Cité de la Santé se confie» (La Presse, 8 février 1999). Et je vous le dis, c’est encore pire aujourd’hui qu’en 1999. De toute façon, les chances sont que vous ne pourrez pas voir de médecin.

Ne jamais être malade l’été

Deuxième conseil : c’est quoi ça l’idée de tomber malade l’été alors que pour sauver notre système de santé agonisant, le PLQ ferme des lits et diminue le «staff» : «Évitez d’être malade au cours de l’été. 1235 lits seront fermés à Montréal de la mi-juin à la fin septembre» (La Presse, 5 mai 2001). Donc, c’est vraiment simple, soyez malade d’octobre à la première moitié du mois de juin. Vous me suivez toujours, c’est pas si compliqué que ça d’être un malade exemplaire!

Soyez malade les lundis et les mardis

Si ce n’est pas trop vous demander, est-ce possible de tomber malade seulement les lundis et les mardis et jamais les autres jours de la semaine? Allez, faites un petit effort, je vous en prie : «La qualité des soins aux urgences d’hôpitaux dépend du jour de la semaine» (Le Journal de Montréal, 23 juillet 2004). Selon l’Institut de recherche en services de santé : «Les patients admis aux urgences les lundis et mardis attendent moins longtemps que ceux qui sont admis les vendredis et samedis». Vous allez voir, avec un peu de bonne volonté, on va les régler les problèmes des urgences.

Tombez malade les soirs de hockey

Tantôt, je vous ai dit qu’il ne faut point être malade l’été et ça adonne bien, car durant la saison estivale, il n’y a pas de hockey : «Le hockey comme solution aux urgences bondées. Les patients se font moins nombreux les soirs où le Canadien joue» (La Presse, 22 février 2008). Bon ben, si on résume, faut absolument être malade les lundis et mardis surtout si les Canadiens de Montréal jouent ces soirs-là. Pigez-vous?

Et la solution ultime pour vider nos urgences à tout jamais au Québec serait que le gouvernement du Québec finance généreusement avec Québecor, l’achat immédiat d’une franchise actuelle dans la Ligue nationale de hockey afin de la déménager à Québec. Sans jeux de mots : ça urge. Ce financement gouvernemental nécessaire et l’actuel déficit annuel de l’exploitation du Centre Vidéotron à Québec (incluant les intérêts sur les emprunts de 400 millions$) devraient être imputés au ministère de la Santé et des Services sociaux. Je l’admets avec vous que ça fait drôle de résoudre en partie les problèmes permanents des urgences au Québec par la venue d’une autre équipe professionnelle de hockey à Québec, mais c’est comme ça que ça se passe au Québec. Même si cela fera rire des gens en Europe, faut pas avoir peur de s’assumer. Comme il y aura des parties de hockey du Canadien et des Nordiques presqu’à chaque soir retransmises à la télé, et ben, il en résultera à peu de malades aux urgences et éventuellement à leur fermeture.

Tombez malade les soirs de tempêtes

Vous voyez que tout rentre dans l’ordre et qu’il y a moyen de mettre fin aux problèmes endémiques dans nos urgences. J’espère que mes conseils pratico-pratiques vont faire que je serai enfin admis au club sélect des lucides visionnaires et pragmatiques et que le PLQ me fera à l’avenir une petite place sur l’un de ses nombreux comités et commissions. Je rêve peut-être en couleur que vous allez me dire. Mais, c’est tout ce qui me reste de pouvoir rêver.

Tiens, tiens, faut aussi tomber malade les soirs de grosses tempêtes, car il y a forcément moins de monde à l’urgence : «Neige, verglas et neige... Bancs de neige au menu» (La Presse, 16 et 17 janvier 2012). Alors sur votre tablette, scrutez les tempêtes et les parties de hockey à venir, préférablement les lundis et les mardis d’hiver et bang, tombez malade. Inscrivez-le dans votre agenda.

Mais les soirs de tempêtes, faites pas vos fous, car peut-être que vous n’aurez jamais la «chance» de vous rendre à l’urgence : «Trois personnes tuées par des camions de déneigement» (La Devoir, 4 février 2009). Avec la privatisation des services municipaux, les déneigeurs privés sont payés au voyage. Et l’ex-maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui demandait alors aux gens de faire preuve de prudence. Pas aux camionneurs, mais aux piétons! Cré Gérald, va.

Idem pour votre mort : faut savoir quand lever les pattes

Si vous désirez, avant de mourir à l’hôpital, avoir droit aux derniers soins et accompagnements, faut obligatoirement mourir le jour, car le soir et la nuit, il n’y a pas beaucoup d’employés et d’aidants à l’hôpital : «Au Québec, faut mourir entre 8h et 16h» (TVA Nouvelles, 10 janvier 2017).

Ah oui, j’oubliai, faut mourir entre 8h et 16h les jours de la semaine, jamais les samedis et dimanches, car les fins de semaine, il y a encore moins de personnel à l’hôpital : «On meure plus à l’hôpital durant la fin de semaine» (La Presse, 15 mai 2014). Dans l’article en question, il est écrit que «L’augmentation du risque de mort est due à une qualité de soins réduite ou à un accès réduit à des soins de qualité la fin de semaine».

Aie les jeunes, dégagez!

Pour la fin et afin de me faire encore toujours plus d’amis, je dis aux jeunes d’aller se faire voir ailleurs qu’à l’urgence : «Enquête de Statistique Canada. Les jeunes engorgent les urgences» (La Presse, 20 octobre 2004). Faut que les jeunes mènent une vie plus rangée, une vie de vieux quoi.

Dans les prochaines semaines, je vais continuer, car c’est mon devoir d’universitaire, à poser un regard critique sur notre système de santé publique et d’y aller de mes recommandations courageuses, lucides et pratiques afin qu’une fois pour toutes on arrête d’être la risée en Occident à cause de ce service public. Assuré qu’en période d’austérité permanente, il va falloir responsabiliser davantage les malades et les mourants. Peut-être que dans le futur, on dira que ce n’est pas Couillard et Barrette qui ont sauvé le Québec, mais c’est bel et bien moi-même, le prof Lauzon. Alors, après ma mort, plusieurs vont regretter de m’avoir crié des noms de mon vivant. Tant pis pour vous. Allez, excusez-vous tout de suite auprès de moi tandis qu’il est encore temps, sinon vous serez rongés par les remords quand je serai rendu au ciel.