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Douanière envoyée en taule

Stéfanie McClelland déclarée coupable d’importation de cocaïne et de corruption

Stéfanie McClelland a été escortée en prison après l’annonce des verdicts.
Photo Pierre-Paul Poulin Stéfanie McClelland a été escortée en prison après l’annonce des verdicts.

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Les rôles se sont inversés pour la douanière Stéfanie McClelland, vendredi. Elle a dû se soumettre à une fouille, à son arrivée en prison, après que les 12 citoyens chargés de la juger ont conclu qu’elle ne disait pas la vérité.

La femme de 40 ans a été déclarée coupable d’avoir participé à l’importation de 182 kilos de cocaïne, ainsi qu’à des accusations de corruption par un fonctionnaire et de contrebande, au terme de son procès, à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Les membres du jury n’ont mis que 24 heures à s’entendre sur des verdicts unanimes. Ils n’ont pas cru la version de la douanière, qui a plaidé la distraction pour se défendre.

«J’ai gelé. Je comprends pas», avait-elle dit à la GRC après son arrestation.

Abasourdie

La résidente de Lacolle était abasourdie en entendant trois fois le mot «coupable».

Vêtue d’une éclatante robe rose dans le box des accusés, elle a figé durant de longues secondes avant de hocher la tête en regardant en direction de membres de sa famille, dont certains avaient éclaté en sanglots dans la salle d’audience.

Stéfanie McClelland était le quatrième agent frontalier à se faire arrêter pour avoir participé à des importations de drogue en l’espace de huit ans, au Québec.

36 secondes

 

Le VUS des passeurs était rempli de huit sacs de sport.
Photo courtoisie
Le VUS des passeurs était rempli de huit sacs de sport.

Le 2 décembre 2014, au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, un couple en BMW X3 s’est présenté à la guérite réservée aux voyageurs réguliers détenant une accréditation Nexus.

Mais Gregory Singh et sa copine d’alors, Ariane Desgroseillers-Lafrance, n’étaient pas membres Nexus.

De plus, la plaque d’immatriculation de leur véhicule était frappée d’une alerte interne de fouille obligatoire, inscrite dans le système de données des douaniers à la demande de la GRC qui avait des soupçons.

Pourtant, 36 petites secondes plus tard, la douanière laissait le couple poursuivre sa route.

Les deux jeunes, qui revenaient des États-Unis avec 182 kilos de cocaïne, ont été arrêtés, 11 km plus loin, par la GRC.

Ces sacs contenaient 182 kg de cocaïne.
Photo courtoisie
Ces sacs contenaient 182 kg de cocaïne.

Les policiers soupçonnaient aussi l’ancien amant de la douanière, le présumé trafiquant Soninder Dhingra, de L’Île-Bizard. Il était déjà revenu des États-Unis en passant par la guérite de l’accusée à 10 reprises.

Peu avant le passage de la BMW, les ex-amants s’étaient échangé huit messages textes. Et, au même moment, Dhingra et Singh communiquaient également.

Si elle a écrit à «Soni» ce jour-là, c’était pour lui souhaiter joyeux anniversaire, a témoigné la douanière au procès, en accusant ce dernier de l’avoir manipulée.

Or, le jury a appris que Dhingra est né en mai plutôt qu’en décembre.

Dès l’annonce des verdicts, le juge André Vincent, de la Cour supérieure, a ordonné la détention immédiate de Stéfanie McClelland en raison de la gravité de ses crimes. Le 12 juin, il entendra les procureurs de la Couronne et de la défense lui suggérer la peine qui s’impose.


♦ Une pareille infraction a valu 15 ans de pénitencier au douanier Baljinder Kangola, en Colombie-Britannique, en 2012, et sept ans à un autre douanier de Lacolle, James Munro, en 2009. Deux douanières arrêtées dans l’opération Colisée pour avoir collaboré avec la mafia, en 2006, ont toutefois évité la prison en bénéficiant d’une peine de deux ans à purger à domicile.

 

Les passeurs avaient plaidé coupable

Ariane Desgroseillers-Lafrance et Gregory Singh.
Photo Facebook
Ariane Desgroseillers-Lafrance et Gregory Singh.

Quelques mois avant le procès de la douanière, les deux voyageurs qu’elle avait laissés traverser la frontière avec 182 kg de cocaïne ont plaidé coupable et écopé de lourdes peines.

Mais pour ne pas influencer leur décision, le tribunal n’avait pas informé les jurés des condamnations respectives de Gregory Singh et de son ex-copine, Ariane Desgroseillers-Lafrance, à neuf ans et quatre ans d’incarcération.

Singh — qui avait touché 10 000 $ pour passer la poudre blanche aux douanes de Lacolle, le 2 décembre 2014 — avait été avisé «à la dernière minute» de se présenter à la guérite réservée aux membres Nexus, où travaillait la douanière McClelland ce jour-là, même s’il n’avait aucune accréditation à cette fin.

Le résident de Kirkland a avoué à la GRC que le gang criminel qui l’employait lui avait «garanti qu’il n’y avait pas de risque» de se faire prendre.

À tel point qu’après leur arrestation, sa copine d’alors croyait que Singh s’était trompé de guérite et lui a dit: «Tu n’es pas allé à la bonne place!»

Mafia montréalaise

Le jury n’a pas été avisé non plus que l’ex-amant de la douanière, Soninder Dhingra, avec qui elle communiquait par cellulaire dans les minutes ayant précédé le crime, est en attente de deux procès.

L’un est lié à son rôle dans cette affaire et l’autre concerne le démantèlement par le SPVM d’un réseau de trafic de cocaïne et de crystal meth associé à la mafia montréalaise.