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Un enfant à tout prix «J'ai cessé de prendre la pilule sans lui dire»

Pregnancy and Single Mom
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Se faire faire un bébé dans le dos est probablement la hantise suprême de bien des hommes. C’est pourtant une réalité méconnue, choquante, venue à nos oreilles récemment après notre publication d’un texte sur le phénomène du stealthing. Des lecteurs nous ont alors écrit pour nous parler du pendant féminin de cette pratique, à savoir ces femmes qui mentent sur leur contraception, allant parfois même jusqu’à saboter le condom de leur amant pour tomber enceinte.

C’est le cas de Caroline, tombée enceinte sans le consentement de son partenaire à l’âge de 19 ans. Son chum lui ayant avoué qu’il ne voulait pas d’enfant avant un long moment, Caroline, bien déterminée à fonder une famille rapidement, a pris les grands moyens. «Je lui ai dit que la pilule était entrée en interaction avec un médicament que je prenais, ce qui avait dû annuler son effet.» Le couple a eu une fille et est toujours ensemble aujourd’hui. Quand elle a révélé, des années plus tard, le subterfuge à son conjoint, il lui en a beaucoup voulu. «Il a été des semaines sans me parler.» Ce sujet est aujourd'hui un grand tabou pour le couple. Mais Caroline avoue qu’elle ne regrette rien et que si c’était à recommencer, elle le ferait à nouveau.

Ce genre d’histoire, fréquente à en croire la quinzaine de témoignages reçus, ne se termine malheureusement pas toujours aussi bien. Crystelle l’a appris à la dure lorsque son ex l’a suppliée d’interrompre sa grossesse. «Il m'avait quittée, mais nous continuions à avoir des rapports intimes. J'ai cessé de prendre la pilule sans lui dire, croyant que si je portais son enfant, il prendrait ses responsabilités, m'aimerait et que nous irions vivre ensemble pour former une famille. Cela n’a pas été le cas.»

Et l’homme dans tout ça?

Tomber enceinte dans l’espoir de prolonger une relation amoureuse ou pour convaincre un homme de rester à ses côtés est l’une des raisons les plus fréquemment invoquées par les femmes sondées. Est-ce que cela fonctionne? La plupart du temps, non. Si certains hommes sont tentés de rester parce qu’ils se sentent coupables et désirent prendre leurs responsabilités, la relation échoue habituellement au bout de quelque temps. C’est le cas de Julien, dont nous protégeons l’identité afin de préserver l’anonymat de son enfant. «Il y a un sentiment terrible d'être piégé à vie et privé d'un choix essentiel (le projet consensuel d’avoir un enfant avec quelqu’un) ainsi qu'une panique par rapport à un changement aussi brutal. Je crois qu'un réflexe de fuite s'active face à tout ça, ainsi qu'une grande amertume par rapport à la trahison qu'on vit», explique l'homme, qui n’a pas voulu rester en couple dans un tel contexte, malgré une tentative pour le bien de l'enfant. «Il y a l'expression «male rape», qui fait sans doute bondir certaines féministes, mais c’est loin d´être farfelu. Enfin, il y a la question de la responsabilité face à la naissance d'un enfant, et la culpabilité que l'idée d´abandon génère», a-t-il ajouté.

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Tomber enceinte sans le consentement de son partenaire est-il un geste qui peut être considéré comme une agression? Question délicate qui cache dans son angle mort le droit des femmes à disposer de leur corps. Selon Marie Hazan, psychologue, psychanalyste, et professeure au département de psychologie de l’UQÀM, elle voit plutôt dans ce geste «une manière de nier qu'il faut être deux symboliquement pour avoir un enfant issu d’une relation sexuelle. C’est donc une négation du rôle du père pour l’enfant et, jusqu’à un certain point, une façon de faire d’un enfant son objet, sa chose. Ça peut changer après, bien sûr», précise-t-elle.

Les conséquences psychologiques pour un homme qui est devenu père malgré lui sont variables, explique Mme Hazan, «Cela dépend de ce père et de son désir. Il peut quand même essayer de se faire entendre et de jouer un rôle auprès de l’enfant, et souvent, ça marche parce que ce n’est pas facile d’avoir un enfant seul(e). Il peut arriver qu’il soit vraiment effacé, mais c’est plutôt rare.»

Mais pourquoi certaines femmes en viennent-elles à mentir à leur partenaire pour avoir un enfant? Pour Catherine, son désir était trop fort. «Mon chum avait des enfants d’une union précédente et il n’en voulait pas d’autres. J’ai tout tenté pour le convaincre, mais il n’y avait rien à faire. Après trois ans ensemble et une dépression, j’ai arrêté la pilule sur un coup de tête.» Catherine était prête à assumer les conséquences de ses actes. «S’il n’avait pas voulu l’enfant, je serais partie et je ne lui aurais pas demandé de pension alimentaire.» Le conjoint de Catherine ignore encore aujourd’hui qu’elle est tombée enceinte par exprès. «Il croit à l’accident.»  

Que dit la loi

Si Catherine était prête à subvenir aux besoins de son bébé, plusieurs femmes réalisent après coup la difficulté d’élever un enfant seule. Un homme qui vit une paternité forcée ne pourra pas échapper à son devoir légal. Des pères à qui c’est arrivé, Me Sylvie Shirm en a vu passer des tonnes dans son bureau en 28 ans de pratique. Il faut savoir que si un homme ne veut pas reconnaître son enfant, la cour peut exiger un test d’ADN. De cette façon, «on obtient la vérité biologique. On peut alors demander que monsieur soutienne financièrement l’enfant. Et ce n’est pas parce qu’on lui a menti qu’il échappe à ses responsabilités parentales.» Soulignons que la mère, même si elle obtient du soutien financier, ne pourra pas obliger le père de son enfant à avoir un lien affectif avec lui. En revanche, «si un homme soupçonne être le père d’un enfant et que la mère refuse de le reconnaître comme tel, il peut faire la même demande (test d’ADN) pour être reconnu comme père et avoir des droits d’accès.»

Certes, ce texte a de quoi rendre paranoïaque. Il ne faut pas perdre de vue que ce phénomène reste marginal et que, par chance, la plupart des humains qui nous entourent sont le fruit d'une relation consensuelle, pour le meilleur et pour le pire.