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Changement de culture nécessaire

La solution passe par l’amélioration du traitement des employés des CHSLD, selon des experts

L’amélioration de la qualité de vie dans les CHSLD passe surtout par la mobilisation des employés, et spécialement des préposés aux bénéficiaires. Selon plusieurs, ce changement de culture se répercutera sur la qualité de vie des résidents.
Photo d'archives L’amélioration de la qualité de vie dans les CHSLD passe surtout par la mobilisation des employés, et spécialement des préposés aux bénéficiaires. Selon plusieurs, ce changement de culture se répercutera sur la qualité de vie des résidents.

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L’amélioration de la qualité de vie des aînés en CHSLD ne passe pas seulement par une hausse des budgets, mais par un changement de culture complet, croient plusieurs.

Actuellement, «les CHSLD ressentent le besoin de sauver leur peau, de se protéger contre des poursuites potentielles, contre la mauvaise presse, ce qui fait que le programme de changement est conçu à court terme», analyse Francis Etheridge, consultant en développement organisationnel dans les centres d’hébergement.

Projets porteurs

«Ils essaient de tout faire à la fois, et se retrouvent souvent à avancer par petits pas plutôt qu’avec des projets porteurs qui vont changer la culture», dit-il.

Selon M. Etheridge, la clé pour améliorer ces milieux de vie passe par les employés (préposés, infirmières), qui sont au cœur du système.

«Il faut arrêter de dicter par des lois, des normes. C’est requis qu’il y en ait, mais le défi, c’est d’engager le personnel, qu’il se sente partie prenante», dit-il, ajoutant que le mode d’évaluation de la qualité des soins doit être revu.

«Plus le personnel soignant sera heureux, engagé et respecté, plus les résidents vivront une expérience de qualité. Ça passe par eux!» assure M. Etheridge.

Un avis partagé par le Dr Jacques Potvin, un psychogériatre retraité qui a travaillé longtemps en CHSLD.

<b>Francis Etheridge</b></br>
<i>Consultant</i>
Photo courtoisie
Francis Etheridge
Consultant

Le préposé important

«La personne la plus importante dans un CHSLD, c’est le préposé, dit-il. Il n’y a rien de plus différent que cinq ou dix patients âgés du même âge. Ça prend une approche humaniste.»

En ce sens, plusieurs syndicats clament depuis des mois que les façons d’améliorer les choses sont bien connues, mais qu’elles tardent à s’implanter.

Parmi les solutions soulevées, on note l’importance de la stabilité du personnel, de meilleurs repas, et des ratios plus petits, pour donner de meilleurs soins. La piètre qualité des infrastructures est aussi souvent dénoncée.

«Les bonnes pratiques, on les connaît. Maintenant, c’est les actions et la volonté politique», dit Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé.

 

30 à 40 % des CHSLD seraient problématiques

Tous les CHSLD du Québec ont des lacunes, et le tiers d’entre eux sont carrément «problématiques», estime le Conseil de la protection des malades.

«C’est une grosse minorité. Au moins 30 à 40 % des centres d’hébergement sont problématiques», résume Paul Brunet, président du Conseil.

Même si les résidents paient tous le même prix selon leur revenu (jusqu’à 1837 $ par mois), le Conseil constate que la qualité des services est très variable.

<b>Paul Brunet</b></br>
<i>Conseil de la protection des malades</i>
Photo Sebastien St-Jean
Paul Brunet
Conseil de la protection des malades

Les deux extrêmes

«J’ai vu des choses magnifiques, et j’ai vu aussi l’horreur, ajoute M. Brunet. Ça dépend des gens qui gèrent les lieux.»

«C’est une minorité d’endroits où j’accepterais d’envoyer ma mère», avoue Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), un syndicat d’infirmières.

Selon un consultant en développement organisationnel dans les centres d’hébergement, les problèmes dans les CHSLD sont répandus.

«Tous les centres d’hébergement ont des lacunes qui sont différentes les unes des autres. Mais, ce qui les caractérise, c’est leur difficulté à s’améliorer», note Francis Etheridge.

«Ce que je constate, c’est que les centres d’hébergement sont sous pression pour s’améliorer, ajoute-t-il. [...] Ce qui fait qu’ils (les gestionnaires) n’engagent pas toujours les changements de la bonne perspective.»

Par ailleurs, la difficulté de répondre aux besoins des aînés n’est pas un problème québécois, mais est généralisée dans le monde, selon M. Etheridge.

Ailleurs dans le monde

«Que ce soit au Japon, en Australie, dans le reste du Canada, on ne répond pas aux attentes de la clientèle, dit-il. C’est souvent lié à un manque d’intérêt à la gériatrie, à un âgisme sociétal.»

 

Services « généralement bons » , selon les comités d’usagers

La qualité des services en CHSLD est tout de même bonne, analyse un regroupement provincial de résidents, qui croit toutefois que d’importantes améliorations doivent être apportées pour s’ajuster à la clientèle qui s’alourdit.

«Je pense qu’on a des services qui sont généralement bons», croit Pierre Blain, directeur général du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU) en réaction aux témoignages recueillis au cours des derniers par Le Journal.

«Le problème qu’on voit, c’est l’alourdissement de la clientèle qui ne permet plus de garder le même modèle de soins. Et on ne s’est pas ajusté», ajoute-t-il.

<b>Pierre Blain</b></br>
<i>Directeur général</i>
Photo Dominique Scali
Pierre Blain
Directeur général

Amélioration

Au cabinet du ministre de la Santé, dont relèvent les CHSLD, on qualifie la qualité de vie dans ces centres de «généralement bonne», écrivait cet automne par courriel Julie White, l’attachée de presse du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

«Il y a des endroits très performants et d'autres moins», ajoute-t-on.

Dans les derniers mois, le Dr Barrette a annoncé 65 millions $ pour embaucher environ 1300 employés de plus, et assure que l’offre alimentaire sera améliorée d’ici la fin 2018.

Récemment, le ministère de la Santé a aussi annoncé 55 millions $ pour créer 1472 nouvelles places d’hébergement.

Selon M. Blain, ces annonces ne sont pas suffisantes pour régler la situation.

«Ça va prendre beaucoup plus que ça!» croit-il.

Ce dernier se dit aussi préoccupé de la qualité de la formation des préposés embauchés, qui pourrait être raccourcie pour pourvoir des postes.

 

Les CHSLD du QUébec en Bref

Prix mensuel maximum d’une chambre en CHSLD*

L’amélioration de la qualité de vie dans les CHSLD passe surtout par la mobilisation des employés, et spécialement des préposés aux bénéficiaires. Selon plusieurs, ce changement de culture se répercutera sur la qualité de vie des résidents.
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►1836,90 $ Chambre individuelle

1535,70 $ Chambre à deux lits

►1141,80 $ Chambre à trois lits ou plus

*Les prix tiennent compte de la capacité de payer du résident. Des déductions peuvent être appliquées

Coût des repas

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7,77 $/jour par résident (7,33 $ à l’hôpital)

 

Budget annuel global des CHSLD

►2011-2012: 1 873 216 869 $

►2012-2013: 1 921 460 250 $

►2013-2014: 1 972 470 004 $

►2014-2015: 2 004 469 008 $

►2015-2016: 2 024 329 696 $

 

Nombre de résidents*

L’amélioration de la qualité de vie dans les CHSLD passe surtout par la mobilisation des employés, et spécialement des préposés aux bénéficiaires. Selon plusieurs, ce changement de culture se répercutera sur la qualité de vie des résidents.
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►2011: 37 758

►2012: 37 433

►2013: 37 028

►2014: 36 856

►2015: 36 496

*Au 31 mars de chaque année. À noter que le nombre de places en ressources intermédiaires a augmenté entre 2011 et 2015 selon les dernières données disponibles.

 

Ratios d’infirmières et de préposés

L’amélioration de la qualité de vie dans les CHSLD passe surtout par la mobilisation des employés, et spécialement des préposés aux bénéficiaires. Selon plusieurs, ce changement de culture se répercutera sur la qualité de vie des résidents.
Photo courtoisie

Il n’existe aucune norme maximale à respecter au ministère de la Santé. Voici des recommandations d’un expert:

Infirmière-chef d’équipe

►Jour: 1 pour 25 à 32 résidents

►Soir: 1 pour 50 à 64 résidents

►Nuit: 1 pour 75 à 96 résidents

Préposé aux bénéficiaires

►Jour: 1 pour 6 à 7 résidents

►Soir: 1 pour 10 à 15 résidents

►Nuit: 1 pour 32 à 50 résidents

 

Qui va au CHSLD?

L’amélioration de la qualité de vie dans les CHSLD passe surtout par la mobilisation des employés, et spécialement des préposés aux bénéficiaires. Selon plusieurs, ce changement de culture se répercutera sur la qualité de vie des résidents.
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Depuis 2013, l’Outil d’Évaluation multiclientèle classe les gens (de 0 à 14) selon leurs besoins (hygiène, mobilité, communication, fonctions mentales). Les gens qui ont un résultat élevé (entre 10 et 14) sont admissibles en CHSLD.

►36 496 Québécois vivent dans 415 CHSLD (publics, privés, privés non conventionnés)

2996 personnes sont en attente d’une place.

Source : Philippe Voyer, professeur titulaire à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, 2013