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Côte-Nord : la pêche miraculeuse retardée

Le capelan vient déposer ses oeufs sur la plage lorsque la marée est montante.
Photo Jacques Gélineau Le capelan vient déposer ses oeufs sur la plage lorsque la marée est montante.

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Sept-Îles - Les Nord-Côtiers sont impatients de voir le capelan «rouler» ces jours-ci. Le printemps tardif pourrait cependant prolonger leur attente et retarder la pêche miraculeuse, affirment les experts.

Généralement, en mai, c’est l’arrivée de ce petit poisson dans les marées du golfe Saint-Laurent. C’est en fait la période du frai. Quand la marée monte, le capelan vient déposer ses œufs sur la plage, ou «roule» comme disent les Nord-Côtiers.

Le spectacle aux airs de pêche miraculeuse rassemble les foules le long de la côte. En soirée, les Nord-Côtiers attendent patiemment la marée autour de feux de plage. Quand le poisson arrive, les pêcheurs s’activent. Il n’y a qu’à mettre sa chaudière à l’eau et elle se remplit instantanément de capelans.

Or, le printemps arrive lentement sur la Côte-Nord cette année. Le Réseau des observateurs du capelan (ROC) n’a encore reçu aucun signalement pour la région. La neige n’est pas complètement disparue et sa fonte a une influence sur la température de l’eau du golfe. Cette dernière est apparemment le facteur le plus important pour déterminer le début du phénomène de frai.

«Il y a variation d’année en année, ce n’est pas toujours facile de savoir exactement où et quand le capelan va venir rouler, mais en règle générale, si l’eau est plus froide, le capelan va arriver plus tard», a dit Thomas Doniol-Valcroze, biologiste expert du capelan à l’Institut Maurice-Lamontagne. «On peut s’attendre à ce qu’un printemps plus tardif corresponde à un capelan plus tardif», a-t-il poursuivi.

Par ailleurs, les capelans mâles ont tendance à mourir immédiatement après le frai. Il n’est pas rare de les retrouver sur les plages, mais phénomène aurait tendance à alarmer certains touristes pour qui la situation n’est pas nécessairement familière.

«On reçoit toujours beaucoup d’appels de gens qui s’inquiètent et qui pensent que c’est le signe d’une marée noire, ou de quelque chose de grave, mais c’est parfaitement naturel », a tenu à rassurer M. Doniol-Valcroze.

Nourriture pour baleine

Le capelan sert de nourriture à une multitude d’espèces, dont le rorqual commun. Entre 300 000 et 400 000 tonnes sont consommées annuellement dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, selon Pêche et Océan Canada.

«On a observé des rorquals communs au large la fin de semaine passée, donc quand ces gros animaux arrivent, c’est un bon indice que le capelan ne saurait tarder à frayer», a dit Jacques Gélineau, observateur de mammifères marins accrédité du ROMM (Réseau d’observation des mammifères marins).

Il l’observe depuis plus d’une vingtaine d’années à Sept-Îles et il estime que les amateurs de capelan peuvent espérer le voir d’ici environ une semaine.