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Trouver la bonne idée pour innover

Steve Wozniak, co-fondateur d’Apple avec Steve Jobs, s’amène à C2 Montréal vendredi prochain

C2 Montréal va accueillir Steve Wozniak le 26 mai dans le cadre des conférences sur les bouleversements et mutations dans le monde des affaires et de la créativité.
Photo d'archives C2 Montréal va accueillir Steve Wozniak le 26 mai dans le cadre des conférences sur les bouleversements et mutations dans le monde des affaires et de la créativité.

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C’est le «deuxième Steve». Celui qui, avec Steve Jobs, a fondé Apple au fond d’un garage. Mais Steve Wozniak, c’est bien plus que ça. Geek assumé, inventeur devenu investisseur, «Woz» est un incontournable dans le monde de l’innovation.

À quelques jours de son passage à la conférence C2 Montréal, Le Journal s’est entretenu avec lui.

Diriez-vous qu’il était plus facile d’innover à l’époque où vous avez conçu le premier ordinateur Apple, ou maintenant ?

Les innovateurs de cette époque-là, des jeunes, sont un peu sortis de nulle part. On faisait des choses auxquelles ne s’intéressaient pas du tout les grosses compagnies. Elles ne pensaient pas que c’était important ce qu’on faisait! Alors c’était facile pour nous, nous n’avions pas d’argent, pas de stress, pas de contraintes. On était là pour s’amuser, ce n’était pas une question de vie ou de mort. On était des jeunes du secondaire qui découvraient des choses excitantes. Aussi simple que ça.

Et qu’en est-il aujourd’hui?

Je ne dirais pas que c’est plus difficile pour ceux qui veulent inventer une technologie ou une app. Mais les choses sont tellement plus définies, encadrées. Les technologies sont devenues tellement vitales et chaque invention ou innovation est susceptible de valoir énormément. Mais ça signifie aussi qu’il y a beaucoup plus d’argent disponible! Des entreprises veulent offrir leur capital à ceux qui ont de bonnes idées.

Aussi, je dirais qu’avant les ordinateurs personnels, c’était impensable. Tu n’aurais pas eu de Mark Zuckerberg (inventeur de Facebook) si l’ordinateur n’avait pas été là.

Comment sait-on si on a une bonne idée entre ses mains ?

(rires) J’aimerais bien le savoir! Quand j’ai vu le service de transport Uber, je n’y croyais pas. Je n’ai pas embarqué. Regardez comme j’ai eu tort!

Chose certaine, il y a des secteurs qui sont particulièrement prometteurs. La robotique en est un bon exemple. Ça va croître, croître et croître. Ça va changer complètement la façon dont œuvrent les entreprises, surtout celles qui fabriquent ou qui assemblent.

Avec l’automatisation et la robotisation, vous n’avez pas peur pour les pertes d’emplois ?

C’est quelque chose dont on parle beaucoup quand on parle d’innovation et de nouvelles technologies. On pense qu’elles vont mener à des pertes d’emplois. Mais ça ne se concrétise jamais!

C’est vrai que certains boulots disparaissent. Mais de nouveaux emplois voient le jour en remplacement. On n’a qu’à voir les emplois qui sont hyper importants aujourd’hui, mais qui n’existaient pas il y a 40 ans. Tant qu’il y aura de l’innovation, il y aura de nouveaux emplois.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes entrepreneurs et innovateurs?

Il faut faire une espèce d’introspection, penser à la manière dont on fait son travail un peu différemment et un peu mieux que les autres, et miser là-dessus. Les jeunes de 18 à 23 ans sont à une période de leur vie où ils sont en train de se définir. Ça veut dire que tu as encore la chance de t’asseoir et de te dire que tu veux faire quelque chose d’important dans la vie.

Il faut aussi admettre que certaines idées sont bonnes, d’autres pas. Certaines technologies vont lever, d’autres pas. L’important, c’est de persévérer.

Quelles doivent être leurs priorités?

Leurs idées! Oui, tu as besoin d’un boulot pour payer ton loyer et t’alimenter, mais de grâce, travaille sur tes propres projets.

Ça n’a pas besoin d’être pour une grosse compagnie, ça peut être pour toi-même. Poursuis l’excellence, ne te satisfais pas de la première version d’un projet. Oui, ce sont de longues heures, parfois tu n’en verras pas le bout. Mais fonce.

Qu’est-ce qui est plus important: avoir la bonne idée ou plutôt la bonne façon de l’exécuter?

Les idées, ça ne vaut pas grand-chose, à vrai dire. Une fois qu’on a l’idée, la bonne, il faut démarrer une entreprise, établir un modèle d’affaires. Il faut quelque chose qu’on peut voir, prendre dans ses mains. Ça aidera les gens à mieux comprendre l’idée.

Vous verrez, vous aussi, votre potentiel. Et surtout, vous aurez votre destin entre vos mains plutôt qu’entre celles des autres. Ce sera votre idée et votre produit.

Enfin, est-ce que les entreprises et le milieu de l’éducation peuvent faire quelque chose pour encourager l’innovation ?

C’est une question importante. J’encourage souvent les chefs d’entreprise à permettre à leurs employés de se consacrer à des projets personnels, le soir, sur leur lieu de travail. Ça crée un environnement où l’innovation et la création sont permises et encouragées, et ça ne peut qu’avoir des retombées positives sur la compagnie. À l’école, il faut que la créativité des jeunes puisse être stimulée, encouragée, poussée. On ne peut pas juste parler aux élèves toute la journée et leur faire passer des tests, il faut qu’ils puissent travailler sur des projets, des trucs manuels ou pas, même si ça sort un peu du cadre strictement pédagogique. Je sais de quoi je parle, j’ai été éducateur pendant huit ans!

 

Qui est Steve Wozniak?

Steve Jobs (à droite) et  Steve Wozniak (à gauche) ont conçu le tout premier ordinateur personnel Apple, qui a révolutionné la micro-informatique à la fin des années 1970.
Photo d'archives, Reuters
Steve Jobs (à droite) et Steve Wozniak (à gauche) ont conçu le tout premier ordinateur personnel Apple, qui a révolutionné la micro-informatique à la fin des années 1970.

Si Steve Jobs lui a toujours un peu fait de l’ombre, c’est pourtant à Steve Wozniak qu’on doit la conception du tout premier ordinateur d’Apple et, pour une bonne partie, du deuxième, l’Apple II, qui allait complètement révolutionner le monde de la micro-informatique à la fin des années 1970.

Né à San Jose en 1950, Steve Wozniak est un ingénieur en électronique, un programmeur et un inventeur. L’un des deux pères d’Apple est aujourd’hui un important investisseur dans le monde des technologies. Et même s’il a quitté la «marque à la pomme» depuis de nombreuses années, plusieurs de ses idées se retrouvent encore aujourd’hui dans les populaires produits de l’entreprise californienne.

Dans un garage

Le garage des parents de Steve Jobs, à Palo Alto en Californie, où ils ont créé les ordinateurs d’Apple.
Photo d'archives, AFP
Le garage des parents de Steve Jobs, à Palo Alto en Californie, où ils ont créé les ordinateurs d’Apple.

Persuadé du succès que connaîtrait sa nouvelle entreprise, il a quitté son travail de concepteur de calculatrices chez Hewlett-Packard en 1976 pour se consacrer à la conception d’ordinateurs.

Du garage des parents de Steve Jobs, à Palo Alto, les deux hommes ont cherché à créer un nouvel outil capable de concurrencer les nouveaux ordinateurs personnels (PC) sur lesquels travaillait IBM, qui allait­­ devenir le premier géant de la micro-informatique.

Pour se distinguer, les produits d’Apple seraient plus conviviaux que ceux de la concurrence. Ils ont visé juste puisque l’Apple II fut l’un des premiers succès grand public de la micro-informatique.

Aujourd’hui, le garage des parents de Steve Jobs est même classé patrimonial par la Californie pour cette raison.

L’après-Apple

En 1985, Wozniak quitte son poste de dirigeant d'Apple, frustré de ne pouvoir se consacrer à ce qui l'intéresse vraiment.
Photo d'archives, AFP
En 1985, Wozniak quitte son poste de dirigeant d'Apple, frustré de ne pouvoir se consacrer à ce qui l'intéresse vraiment.

Le succès a été à la fois une bénédiction et un «fardeau» pour Woz.

En 1985, détestant le travail de gestion rattaché à son poste de dirigeant d'Apple, et frustré de ne pouvoir se consacrer à ce qui l'intéresse vraiment, c'est-à-dire le génie et la conception de programmes informatiques, il quitte la compagnie et vend la plupart de ses actions.

Il termine ensuite son baccalauréat. Il deviendra plus tard enseignant au primaire, avant de retourner à ses premiers amours: les technologies.

Il demeure à ce jour impliqué chez Apple à titre d'actionnaire, et cette compagnie continuerait de lui offrir une rémunération annuelle. Il est par ailleurs un investisseur et un conseiller influent pour toutes sortes d'entreprises de technologie.