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L’école et The Truman Show (1998)

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Ainsi, une mère de famille (qui est aussi enseignante) milite pour qu’on abolisse les exposés oraux à l’école, car «ça stresse les enfants».

D’autres parents veulent qu’on arrête de donner des notes trop basses aux cancres, car «ça brise leur estime d’eux-mêmes».

Certains, enfin, voudraient qu’on remplace les notes par des lettres ou des couleurs, car les notes «créent un climat de compétition et établissent une hiérarchie entre les bons et les faibles».

«Un étudiant classé faible a l’impression de l’être», de dire le sociologue français Pierre Merle.

LES LAPINS CRÉTINS

Encore les petits lapins.

Au lieu de préparer les jeunes à la vraie vie, l’école les protège, leur fait croire que la vie est un long fleuve tranquille, une sorte de lazy river où aucun effort n’est requis, où tout le monde dérive au même rythme et où il suffit de se laisser pousser par le vent pour avancer.

Résultat: dès que ces petits lapins sortent de leur cocon et affrontent «la vraie vie», ils se brisent en mille morceaux à la première critique.

Est-ce vraiment un service à rendre à nos enfants que de leur cacher que la vie est une jungle?

Comme le chante Patrick Bruel: «À toi aussi, j’suis sûr qu’on t’en a dit / De belles histoires, tu parles que des conneries! / Alors maintenant, on s’retrouve sur la route / Avec nos peurs, nos angoisses et nos doutes...

Qui a le droit de faire ça à un enfant qui croit vraiment ce que disent les grands?»

UNE VISION ÉPURÉE DE LA VIE

L’école est rendue une sorte de gros Truman Show, un monde artificiel, une bulle qui vous donne l’impression de vivre dans le monde réel, mais qui, en fait, ne vous présente qu’une version aseptisée de la vie, une version épurée, désinfectée, climatisée, dépourvue de la moindre aspérité.

Tout est rond, tout glisse, tout brille.

Il n’y a pas de perdant ni de gagnant, pas de compétition, pas de jugement.

Ce qui est fou, dans cette vision «papier bulle» de l’éducation, est que les jeunes savent que la vie n’est pas comme ça.

Il suffit de voir ce qu’ils lisent et écrivent dans les médias sociaux pour comprendre que l’univers virtuel dans lequel ils évoluent ne ressemble en rien à l’environnement ouaté qu’on leur présente à l’école, au contraire: c’est un univers violent, cruel et hyper compétitif où tout le monde juge tout le monde.

Pourquoi persiste-t-on à leur faire croire que le monde est un jardin de roses, alors? Pour contrebalancer ce qu’ils voient sur Facebook, Twitter et Instagram?

CREVER LA BULLE

Dans The Truman Show, le célèbre film de Peter Weir, le personnage naïf interprété par Jim Carrey grandit dans un monde artificiel, construit dans un studio de télé géant.

À la fin, par contre, il découvre la supercherie et s’évade de cette bulle pour rejoindre «la vraie vie», qu’on lui a toujours cachée.

N’est-ce pas ce qu’on devrait faire? Leur présenter la vraie vie, avec tous ses défauts, plutôt que les protéger?