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Trump, le Saoudien

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Qu’il avait l’air pathétique, Donald Trump dans sa gestuelle ridicule singeant la danse des sabres, sous le regard amusé de ces roitelets saoudiens.

À elle seule, cette image donne tout son sens à cette visite, celui d’un président américain, converti en marchand d’armes, venu semer la guerre dans une région déjà meurtrie par la violence, la terreur et la tragédie humaine.

Le sabre est devenu un symbole de l’Arabie saoudite depuis qu’Abdelaziz Ibn Saoud, fondateur du royaume saoudien, l’a immortalisé en le faisant imprimer sur le drapeau saoudien, en reconnaissance de son bras armé, l’Ikhwan.

Le sabre rappelle ainsi cette conquête sanglante de la famille al-Saoud et l’alliance qu’elle a forgée avec l’Ikhwan, une mouvance cruelle de wahhabites armés qui a soumis, à la pointe de l’épée, des tribus entières à l’idéologie wahhabite et à la dictature monarchique.

En exécutant la danse des sabres, Donald Trump commémore les massacres des guerres anciennes et écrit sa propre page d’histoire en tant que marchand d’armes venu renforcer une monarchie sanguinaire qui ne fera désormais aucun quartier ni aux opposants du régime ni aux chiites du Yémen.

Du brassage de vent

Dans son discours, livré, hier, à Riyad, Donald Trump était surtout intéressé par les affaires, la vente d’armes et la création d’emplois. Des emplois tachés de sang.

Les droits de la personne, la démocratie, la paix, c’est le dernier de ses soucis: «Nous ne sommes pas ici pour donner des leçons, nous ne sommes pas ici pour dire aux autres comment vivre».

La monarchie saoudienne et les oligarchies du Golf sont désormais dédouanées. Elles ont carte blanche pour continuer leurs violations des droits de la personne avec leur cortège de décapitations, de lapidations et de massacres des populations civiles.

Son changement de ton n’est que cosmétique. Certes, il n’a pas parlé de «terrorisme islamique radical», mais au-delà de la rhétorique, il n’ y a pas de quoi faire des «youyous» dans le monde arabo-musulman.

J’ai communiqué, hier, avec trois de mes amis au Caire, à Rabat et à Dakar, pour connaître leur réaction à son discours. «C’est du brassage de vent», m’a dit le premier; «Ça donne à vomir», me dit la deuxième; le troisième, plus philosophe, avoue: «C’est la faute aux Arabes et aux musulmans. Tant qu’on se laissera gouverner par des potentats, on pâtira».

L’image de Donald Trump, vendeur d’armes, qui fait la génuflexion devant le roi Salmane d’Arabie Saoudite, ne peut pas nous faire oublier celle de Donald Trump, le candidat et président des États-Unis qui a embrasé la planète par ses déclarations incendiaires contre l’islam et les musulmans.

Celui-là même qui a affirmé, à répétition «islam hates us», qui a fait un amalgame grossier entre musulmans et terroristes et qui a signé le sinistre décret sur la «protection de la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux États-Unis», suspendant l’octroi de visas à tous les ressortissants de sept pays musulmans, comme s’ils étaient tous des terroristes.

Comble de l’hypocrisie

Il y a quelque chose de surréaliste à entendre Donald Trump dire, en faisant référence à l’État islamique (Daech), que «c’est une bataille entre des criminels barbares qui essaient d’anéantir la vie humaine et des gens bien de toutes religions qui cherchent à la protéger».

Oui, mais qui a mis Daech et Al-Qaïda au monde sinon l’Arabie saoudite? Daech s’abreuve aux mêmes sources idéologiques du salafisme saoudien. Comme l’Arabie saoudite, il applique la charia, pratique la décapitation, la lapidation, la flagellation, le massacre des chiites, l’esclavage des femmes et la torture.

L’Arabie saoudite a une longueur d’avance, car depuis les années 1970, elle finance, dans les pays musulmans et en Occident, une impressionnante infrastructure de prédication et de propagation du salafisme violent.

Les «criminels barbares» les plus endurcis sont ceux-là mêmes à qui Donald Trump a livré, à Riyad, les juteux contrats de 380 milliards de dollars (dans les domaines militaire, énergétique et du transport aérien).

L’Arabie saoudite est la mamelle qui nourrit l’islamisme radical et le terrorisme jusqu’au cœur de l’Amérique. C’est la plaque tournante de l’islamisme radical et la Mecque du financement des groupes djihadistes dans le monde, Al Quaïda et Daech compris. Vouloir la réhabiliter virtuellement — pour des raisons commerciales — ne fera qu’encourager la montée des extrémismes.