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Les mystérieux orignaux géants du boulevard Pie-IX

Les mystérieux orignaux géants du boulevard Pie-IX
Photo courtoisie

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Sur le boulevard Pie-IX devant une résidence en face du jardin botanique, deux orignaux surdimensionnés intriguent et font sursauter des milliers de passants chaque jour depuis quelques années. D’où viennent ces mastodontes et que font-ils là. Après m’être posé la question quelques dizaines de fois comme tant d’autres Montréalais, je suis allé cogner pour demander.

Toc toc. Oui? Bonjour, je suis journaliste. Pourrais-je vous parler des statues géantes devant votre maison ? «Allons sur le balcon, je vais te raconter l'histoire», me dit Luc Despatie que je trouve dans sa cour arrière avec son bouvier bernois noir qui jappe à mon approche - heureusement qu'une clôture l'arrête - et qui, pendant la conversation, me renifle méticuleusement, en grognant si je remue.

Avec son bonnet de laine Cochiwan, sa barbe blanche, son regard pétillant et son air malicieux, le propriétaire des orignaux de Pie-IX me fait penser à une autre type de décoration de parterre: le nain de jardin.

Cadeau de Noël

Le premier orignal arrive il y a quatre ans. «C’est un cadeau de mes fils pour Noël, raconte M. Despatie. Pour les fêtes, on est beaucoup chez moi, une vraie famille canadienne-française ! Mes fils m’ont incité à prendre un coup pendant la soirée. La nuit, ils ont installé l’orignal ; j’ai eu la surprise à mon réveil. J’ai regardé sur mon terrain et il était là ! Ça m’a fait tellement plaisir qu’ils m’ont refait le tour une autre année : un deuxième orignal.»

M. Despatie ignore la provenance de ses statues. Mais j’ai mes soupçons et j’appelle le fameux «Ben Lalen», de son vrai nom Benoît Thibodeau, qui expose une panoplie d’animaux de fibre de verre devant son commerce de laine et de peaux de mouton situé Sainte-Eulalie sur le bord de l’autoroute 20 (de là le douteux jeu de mots avec «laine» et «ben Laden») : il se souvient du fils de M. Despatie qui lui a acheté un orignal. «Ben Lalen» me dit vendre plus d’une vingtaine de statues de ce genre par année, normalement pour des commerces de chasse et pêche.

J’appelle également Christian Marois qui vend des produits de l’érable et des sapins au marché Atwater où il utilise un orignal géant semblable pour appâter le chaland. Il me dit avoir participé à l’installation des statues sur Pie-IX ; M. Despatie, m’apprend-il, est le père de son ami ; ah bon ! le monde est petit.

Un petit gars d’Hochelaga

Sur Pie-IX hyper-achalandé, les orignaux ne manquent pas de visibilité ; pourtant, le vandalisme les a épargnés. «Ils inspirent un respect incroyable, moi-même ça m’étonne, dit Luc Despatie. Des dizaines de gens ont sonné chez moi pour me parler des statues. Les enfants se réjouissent. Des amateurs de chasse viennent me parler. Mes orignaux créent du bonheur.»

Natif d’Hochelaga dans une famille d’affaires – son aïeul influent dans Ville de Maisonneuve possédait des manèges sur l’île Sainte-Hélène au 19ème siècle, cinquante ans avant le pont et presque un siècle avant La Ronde – M. Despatie a cofondé la compagnie Monsieur Muffler, puis, dans les années 1970, la compagnie Loue-Froid, spécialisée dans l’équipement lourd de climatisation (notamment pour frigorifier la piste du Red Bull Crashed Ice dans le vieux Québec). Ses neveux ont fondé la fameuse chaîne de restaurant Giorgio.

Ancien sportif d’élite, notamment en ski alpin, M. Despatie a déjà présidé le CA de la Palestre nationale et du centre Paul-Sauvé. Il a maintenant 86 ans et il habite sa maison depuis 1967, l’année de l’Expo. «Les jeux olympiques se sont déroulés devant chez moi», se souvient-il.

Bref, autant les orignaux géants sortent de l’ordinaire, autant leur propriétaire n’est pas un monsieur banal.