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Des mafieux profitent de la chasse aux terroristes

Le mafioso Marco Pizzi, qui a échappé à une tentative de meurtre à l’été 2016, fait partie des 11 derniers accusés de cette rafle.
Photo d’archives, agence qmi Le mafioso Marco Pizzi, qui a échappé à une tentative de meurtre à l’été 2016, fait partie des 11 derniers accusés de cette rafle.

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Afin de protéger des techniques d’enquête lui permettant de coincer des suspects de terrorisme, la GRC pourrait être contrainte de sacrifier une opération d’envergure menée aux dépens de la mafia montréalaise.

Voilà le choix déchirant auquel la police fédérale et la Couronne semblent devoir faire face dans le projet Clemenza, dont 38 des 58 accusés ont déjà été libérés sans même avoir été jugés.

Onze autres présumés trafiquants arrêtés dans la même opération, l’an dernier, pourraient aussi s’en tirer indemnes au cours de l’été.

Textos espionnés

Selon nos informations, la police a coincé ces mafieux allégués avec une technique d’enquête alors inédite, mais qu’elle utilise aussi pour traquer des terroristes et qu’elle tient à garder secrète.

Or, pour préparer leur défense, les accusés du projet Clemenza pressent la poursuite de leur révéler en détail par quels moyens technologiques la GRC a intercepté les messages textes cryptés qu’ils se sont échangés sur leurs téléphones intelligents de 2010 à 2012.

Hier, au palais de justice de Montréal, la Couronne a réitéré qu’elle n’était «pas encore en mesure de répondre à la demande» des 11 derniers accusés.

«C’est très compliqué», a simplement dit Me Nancy Perreault au juge Yves Paradis, qui lui demandait si la Couronne entendait un jour divulguer ces éléments de preuve.

Nuire aux enquêtes

Le juge a consenti à reporter la cause en juillet, à la demande de la Couronne.

En mars dernier, la poursuite avait elle-même réclamé et obtenu l’arrêt des procédures contre une trentaine d’accusés qui lui adressaient la même demande dans ce dossier.

«On répète nos demandes depuis le 24 août 2016. Cette question est au cœur du litige et on n’a pas de réponse. Les délais sont déjà importants. Nous allons agir en conséquence», a plaidé le criminaliste Dominique Shoofey, hier.

La défense a un atout de taille dans son jeu: en 2015, la Cour supérieure a créé un précédent en ordonnant à la Couronne de révéler à la défense comment la GRC a espionné les textos des sept coaccusés du caïd mafieux Raynald Desjardins, tous accusés du meurtre de l’aspirant parrain Salvatore Montagna, en 2011.

Des enquêteurs de la GRC avaient affirmé que la divulgation de ces «renseignements sensibles» aiderait les criminels à «s’adapter» et risquerait de nuire aux enquêtes futures.

Le juge Michael Stober a cependant estimé que les accusés devaient obtenir cette «preuve cruciale» en vue d’un procès juste et équitable.

Plutôt que d’obtempérer, la poursuite a préféré négocier avec les accusés, qui ont ensuite plaidé coupables à des accusations réduites de complot.

Les enquêtes de sécurité nationale ont supplanté celles du crime organisé au premier rang des priorités de la GRC depuis les attentats mortels de 2014 à Ottawa et à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Projet Clemenza

3 séries d’arrestations entre 2014 et 2016
  • La GRC avait démantelé un réseau lié à la mafia et soupçonné d’avoir importé au Québec une tonne et demie de cocaïne, d’une valeur de 70 millions $
  • Saisies de 348 kg de cocaïne

14 armes à feu

2 millions en argent liquide

58 accusés

9 ont plaidé coupable

11 accusés en attente de leur sort

38 ont été libérés après avoir obtenu l’arrêt des procédures