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Le grand schisme souverainiste

Alors que les colères feintes sont si courantes en politique, celle de Véronique Hivon, vendredi, semblait venir des tripes.
Photo d'archives, Simon Clark Alors que les colères feintes sont si courantes en politique, celle de Véronique Hivon, vendredi, semblait venir des tripes.

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Le schisme est consommé entre le Parti québécois et Québec solidaire. Sera-ce une déchirure fatale pour le mouvement souverainiste?

Les grands schismes ont des effets durables. Celui qui divisa les Églises d’Occident et d’Orient en 1054, par exemple... Catholiques et orthodoxes n’ont pas «reconvergé» depuis, comme on le sait. Il pourrait bien en être de même de l’Église souverainiste au Québec!

Je rigole, mais à l’échelle de la politique québécoise, c’est un événement de même nature (ou presque) qui s’est produit en trois temps cette semaine.

D’abord, il y eut le rejet par les militants de QS de toute alliance électorale avec le PQ. Ensuite, cette entente sur la démarche souverainiste au sein des Organisations unies pour l’indépendance du Québec, signée, gardée secrète avant le congrès de QS, puis finalement reniée par QS. Enfin, la conférence de presse d’hier de Jean-François Lisée et de Véronique Hivon.

«Depuis deux jours, je me sens profondément trahie», y a insisté la mère de l’aide médicale à mourir.

Hivon n’est pas du type chicanier. C’est une sorte de politicienne non politicienne. «Elle est bonne, Véronique, mais ce serait bien qu’elle fasse de la politique», a-t-on même déjà entendu dans les cercles péquistes. Alors que les colères feintes sont si courantes en politique, celle d’Hivon, hier, semblait venir des tripes.

La colère du chef Lisée exsudait davantage de tactique, évidemment, mais avait quelque chose de senti: «Québec solidaire a démontré qu’il n’était pas digne de porter l’espoir du changement au Québec, par son absence de transparence, par le remaniement de signature, par les propos complètement injustes tenus pendant son congrès.»

Tabler sur le ressac

Le but du chef du PQ: tabler sur un certain ressac anti-QS qui a suivi le vote de dimanche. Espérer que de nombreux électeurs de QS parmi les 87 % qui s’étaient déclarés favorables à la convergence (dans notre sondage Léger) décideront de rejoindre «le grand parti fondé par René Lévesque», comme il l’a rappelé hier.

La tentative est probablement vouée à l’échec. D’abord et avant tout parce qu’à court terme, à l’élection partielle de lundi, Gabriel Nadeau-Dubois deviendra le député de Gouin. L’élection du plus radical et polarisant des leaders étudiants de 2012 attirera l’attention et fera oublier rapidement le manque de solidarité des solidaires. Le grand public y verra une autre «chicane de souverainistes» qui sera vite oubliée.

La mort d’une vieille idée

L’idée d’une convergence entre les souverainistes de gauche était très ancienne. Dès la course à la direction du PQ de 2005 — avant même la naissance de Québec solidaire—, Pauline Marois avait surpris en évoquant la possibilité d’avoir des candidatures communes entre le PQ et le petit parti de gauche à naître de la fusion de l’UFP et d’Option citoyenne.

Désormais, la bataille entre les souverainistes risque d’être aussi intense — sinon plus — qu’entre eux et les partis non souverainistes. Le narcissisme des petites différences, selon l’expression de Freud, alimentera les luttes les plus féroces.

Jean-François Lisée finira par en appeler aux «"progressistes", aux féministes, aux pacifistes, aux altermondialistes, pour qu’ils se rallient au Parti québécois»... comme André Boisclair en 2007!

Certains rappelleront peut-être alors le commentaire de Jacques Parizeau lors de la naissance de QS: «On échoue quand on permet à de nouveaux partis souverainistes ou à de nouveaux mouvements souverainistes d’apparaître. C’est un échec.»