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Patience récompensée

Une ovation pour Des arbres à abattre

L’impressionnante structure scénique, qui pivote, se transforme, au fil de la pièce, en salon, salle à manger, en église et en un petit studio délabré, qui a été habité par Joana.
Photo courtoisie Natalia Kabanow L’impressionnante structure scénique, qui pivote, se transforme, au fil de la pièce, en salon, salle à manger, en église et en un petit studio délabré, qui a été habité par Joana.

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Charge puissante contre la bourgeoisie, la culture du vide et les artistes qui fraient avec les politiciens, la pièce Des arbres à abattre est aussi une ode à la vie et à l’amitié.

Présentée une seule fois, dimanche, au Grand Théâtre de Québec, dans une première nord-américaine à l’occasion du Carrefour international de théâtre, la pièce du metteur en scène polonais Krystian Lupa s’est avérée un immense moment de théâtre.

Avec une durée de 4 h 40, avec entracte, en polonais avec des surtitres français, Des arbres à abattre est, de prime abord, un bon contrat.

La pièce se déroule lors d’un dîner dans une grande maison bourgeoise de Vienne où des artistes se réunissent pour commémorer leur amie Joana, qui a mis fin à ses jours.

Après une première partie qui se déroule très lentement et qui a provoqué le départ de quelques spectateurs, Des arbres à abattre déploie toute sa finesse et la puissance du texte au retour de l’entracte.

L’arrivée d’un comédien, attendu, pour qui le repas a été retardé, amène la pièce, qui mélange théâtre et cinéma, à un tout autre niveau.

L’homme, qui a une très forte estime de soi, parle de sa démarche artistique, précisant que la pièce Le Canard ­sauvage, dans laquelle il joue le rôle d’Ekdal, aurait été bien meilleure s’il avait eu des partenaires de jeu idéaux.

Impressionnante mise en scène

L’arrivée de l’excellent Jan Frycz, qui interprète ce très désagréable personnage, amène de beaux moments d’humour et le chaos qui suivra. On dénonce les artistes qui se musèlent en s’acoquinant avec la politique, ceux qui passent leur temps à critiquer et qui oublient de créer et la culture du vide envahissante.

On comprend un peu mieux, dans ce contexte, ce climat malsain qui a perturbé Joana, une artiste qui rêvait d’une liberté de création et était incapable de vivre de son art.

Des arbres à abattre se déploie dans une impressionnante mise en scène, avec des comédiens qui excellent et une structure pivotante qui devient un salon, une salle à manger, une église et un petit studio délabré.

Et comme la réalité dépasse souvent la fiction, un technicien est venu, après une longue ovation, raconter que la pièce était victime de représailles de la part du directeur artistique du Théâtre Polski de Wroclaw, en Pologne, qui est près du pouvoir politique, empêchant les artistes de présenter la pièce dans leur pays.