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Une enquête déclenchée sur le ciblage des médecins

La Commission d’accès à l’information veut faire la lumière sur les listes des pharmaceutiques

Examen médical
Photo d'archives Les entreprises pharmaceutiques paient pour obtenir des informations sur les prescriptions de chaque médecin partout au Québec.

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Le président de la Commission d’accès à l’information a déclenché une enquête à la suite des révélations du Journal sur les médecins fichés par les compagnies pharmaceutiques.

La décision a été prise tôt lundi matin par Me Jean Chartier. Un enquêteur sera mandaté dans les prochains jours pour faire la lumière sur les informations transmises par Quintiles­IMS aux compagnies pharmaceutiques.

Ces dernières ont accès à des listes très précises sur les prescriptions faites par les médecins. Elles s’en servent pour cibler des médecins qui prescrivent beaucoup et tenter de les convaincre de vendre leurs produits.

Ces listes ne contiennent toutefois pas d’information sur les patients eux-mêmes.

L’histoire a rebondi à l’Assemblée nationale, lundi matin. Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a dit être «étonné» par cette pratique et a demandé à ce que la lumière soit faite.

«Pour moi, il est très clair que les informations nominatives ne peuvent pas circuler. Et on va faire le tour de cette question-là», a expliqué le ministre Barrette, lors d’une mêlée de presse.

«Pas censé aller jusque-là»

Toujours selon lui, il s’agit d’une problématique qui concerne avant tout la protection des renseignements personnels, d’où l’enquête de la CAI. «Je suis d’accord qu’on n’est pas censé aller jusque-là», a-t-il répondu lorsqu’il a été interrogé à ce sujet par le critique en santé de la CAQ, François Paradis.

Le gouvernement envisage aussi de confier la collecte de ces données à l’Institut de la statistique du Québec. Cette proposition se trouvait dans le dernier Plan économique du Québec déposé en mars dernier.

Données anonymisées

Elle vise surtout à rendre plus facilement accessibles­­ les données pour la recherche scientifique. Le mandat pourrait s’élargir aux données fournies aux compagnies pharmaceutiques. On voudrait ainsi s’assurer que les informations sur les prescriptions recueillies dans les pharmacies sont transmises sous forme de données anonymisées.

Un représentant de l’industrie assure que les listes ne servent qu’à mieux informer les médecins et à faire du recrutement en vue d’essais cliniques. «Nous espérons que QuintilesIMS a respecté les lois et la réglementation», a indiqué Frédéric Alberro de Médicaments novateurs Canada.

Il assure également qu’aucun paiement ou incitatif illégal n’est fait par les pharmaceutiques à des intervenants, quels qu’il soient.

UNE QUANTITÉ CONSIDÉRABLE DE DONNÉES

La quantité et la précision des données obtenues par notre Bureau d’enquête sont impressionnantes. Sur une liste, on retrouve le nom de plus de 7000 médecins de famille­­ et le nombre de vaporisateurs nasaux qu’ils prescrivent.

On y apprend par exemple qu’en 2012, le Dr Steve Breton a prescrit à 238 reprises du Nasonex, utilisé entre autres pour traiter les allergies. Sur une autre liste plus récente, les médecins sont fichés selon qu’ils prescrivent rapidement ou non un nouveau produit.

L’enquête en bref

  • Notre Bureau d’enquête a mis la main sur des listes de médecins et les médicaments qu’ils prescrivent. L’une de ces listes compte plus de 7000 médecins.
  • Les données servent­­ aux compagnies pharmaceutiques pour cibler­­ les médecins qui prescrivent le plus.
  • Les représentants de ces compagnies vont tenter d’influencer les médecins. Dans certains cas, on n’hésitera pas à payer le traiteur ou des formations au restaurant.
  • La compagnie QuintilesIMS, qui recueille les informations sur les prescriptions dans les pharmacies, assure­­ respecter la loi en transmettant les données par groupe de 30 médecins et plus aux compagnies pharmaceutiques.
  • Les listes consultées par notre Bureau­­ d’enquête ne comptaient pas de groupe de 30 médecins ou plus. Les données sur chaque médicament étaient différentes d’un mé­decin à l’autre.
  • La firme a obtenu­­ trois ententes depuis 15 ans avec le gouvernement québécois pour collecter les données. Elle doit toutefois respecter des règles strictes et fournir un rapport annuel à la Commission d’accès à l’information (CAI).
  • Selon la CAI, il n’est pas permis de transmettre des informations contenant le nom des médecins et leur profil de prescription.