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Les effets indésirables des médicaments sont plus souvent néfastes pour les femmes

La pharmacologie mal adaptée à leur métabolisme

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Huit médicaments sur dix retirés du marché entre les années 1980 et 2000, l'ont été à cause de leurs effets indésirables graves chez les femmes.

«La pharmacologie est mal adaptée au métabolisme des femmes, en particulier des femmes âgées, car les essais cliniques se font très souvent chez de jeunes hommes. La prise de somnifères, notamment, est plus à risque chez les femmes, car celles-ci éliminent plus lentement le médicament», note la Dre Cara Tannenbaum, professeure au département de médecine et de pharmacie à l'Université de Montréal.

Le lendemain matin, la femme va éprouver de la somnolence qui affecte ses réflexes et peut causer un accident. Parmi les médicaments retirés du marché, des molécules pour les allergies, telles le Seldane, ou le cisapride pour la digestion, étaient associées à des arythmies cardiaques potentiellement fatales chez les femmes.

D'autres substances pour la perte de poids, comme le Redux et le Pondimin, présentaient des risques importants de dysfonction des valves cardiaques chez la femme, souligne la Dre Tannenbaum, qui est également titulaire de la Chaire pharmaceutique Michel-Saucier en santé et vieillissement de l'Université de Montréal.

Anxiolytiques répandus

Au Québec, une femme sur cinq âgée de 65 ans et plus consomme des médicaments contre l'anxiété sans en connaître tous les effets secondaires. Entre autres, avec l'âge, les reins éliminent plus lentement les médicaments, signale la Dre Tannenbaum.

«Dans les années 1960, tous les médicaments étaient mis au point à partir de modèles animaux mâles. La situation s'est améliorée. On encourage les compagnies pharmaceutiques à inclure les femmes dans leurs essais cliniques», rapporte-t-elle.

Toutefois, aujourd'hui encore, les informations sur les effets secondaires potentiellement graves chez les femmes ne sont pas disponibles, déplore la Dre Tannenbaum. «Santé Canada devrait obliger les compagnies pharmaceutiques à inscrire ces informations», prône-t-elle.

«Déprescription»

Fait à noter, à l'inverse, la consommation d'antipsychotiques est plus dangereuse chez les hommes que chez les femmes, souligne la Dre Tannenbaum. Chez les hommes atteints de démence, le risque d'hospitalisation est 50% plus élevé. «Québec va lancer une initiative pour réduire la consommation d'antipsychotiques. Chacun devrait poser des questions à son médecin sur le pourquoi de tel ou tel médicament prescrit, ses effets sur soi et le suivi qui sera fait», préconise-t-elle.

La Dre Tannentaum est engagée activement dans le Réseau canadien pour la «déprescription» qui vise à réduire les doses, à cesser la prise de médicaments pouvant nuire à la santé ou qui n'apportent pas les bénéfices escomptés.