/lifestyle/books
Navigation

Le roman enlevant d’un affrontement oublié

<i>Taqawan</i><br>
Éric Plamondon, Le Quartanier, 215 pages 2017
Photo courtoisie Taqawan
Éric Plamondon, Le Quartanier, 215 pages 2017

Coup d'oeil sur cet article

La réalité autochtone au Québec est de plus en plus explorée, dans les médias comme en littérature. La force de la fiction, c’est qu’on peut raffermir les images, croiser le passé et le présent, mieux rendre la perspective. Quand le talent s’en mêle, le récit devient marquant. Taqawan, d’Éric Plamondon, est de cette trempe.

Dans sa trilogie 1984, parue entre 2011 et 2013, Éric ­Plamondon suivait la trace de trois Américains légendaires. Dans Taqawan aussi, les références historiques servent de points d’appui à son récit. Mais cette fois, il s’agit d’explorer un événement violent survenu au Québec, oublié depuis. En 1981 s’affrontaient 300 policiers de la ­Sûreté du Québec et les Mi’gmaq, sur la réserve de Restigouche, en Gaspésie, notamment sur une question de droits et de quotas, et la communauté autochtone avait été sommée d’arrêter la pêche au saumon.

Taqawan est le nom que les Mi’gmaq donnent au ­saumon – d’où le titre du livre – qui, de la mer, revient pour la première fois dans sa rivière natale.

La communauté autochtone résistera à la saisie de ses ­filets de pêche. Elle n’entend pas assujettir sa pratique ­ancestrale à des règles qui font fi de ses traditions – lesquelles­­ n’ont rien à voir avec la surpêche commerciale, épargnée, elle, par les descentes policières.

Éric Plamondon relate l’histoire vraie de cette intervention très dure de la SQ, qui a cours au moment même où Céline Dion fait ses débuts à la télévision, où Gilles Villeneuve gagne un autre Grand Prix, et où Desjardins­­ annonce la mise en place de guichets automatiques. Pourtant, là-bas, le choc de deux mondes qui s’affrontent­­ laisse des traces.

Changer la réalité

Cet impact, nous le suivons à travers quatre personnages de fiction. Il y a d’abord Océane, jeune Mi’gmaq agressée par des policiers. Et il y a ceux qui vont l’aider: Yves, l’agent de la faune; William, un autochtone qui vit dans les bois et Caroline, une Française venue passer l’année au Québec pour enseigner. D’ailleurs, ce livre serait seulement un roman d’action que déjà, il comblerait les attentes: les rebondissements enlevants se multiplient et, comme au ­cinéma, on souhaite sans état d’âme que les justes triomphent!

Mais pour vraiment sauver­­ Océane, il faut plus que des rebondissements. Il faut comprendre, historiquement, comment on en est arrivé là.

En courtes vignettes, ­­parallèlement à son récit, Plamondon fait donc ­dérouler les siècles, de la traversée du détroit de ­Béring qui amènera les Mi’gmaq à Gespeg (qui veut dire «la fin des terres») jusqu’à la décision du gouvernement de René Lévesque d’intervenir à Restigouche. Au fil du temps, la cohabitation avec les Blancs a cédé la place aux normes à respecter, qui ne sont jamais celles des Autochtones.

Et on mesure mieux, dans ce roman qui nous ouvre les yeux, que si la fiction sauve Océane, changer la réalité relève d’un autre exploit.