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Célébrer avant le grand départ

Des aînés sur les planches dans Nous voilà rendus

Nous voilà rendus est une célébration de la vie où des aînés, qui avancent vers la mort et qui ne sont pas comédiens, abordent la fragilité et la puissance de la vie.
Photo jean-françois desgagnés Nous voilà rendus est une célébration de la vie où des aînés, qui avancent vers la mort et qui ne sont pas comédiens, abordent la fragilité et la puissance de la vie.

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Objet théâtral fort audacieux par la nature de sa proposition, Nous voilà rendus est une incursion dans la vie avant qu’elle ne se retrouve altérée par la vieillesse, la maladie, et qu’elle disparaisse à tout jamais.

À l’affiche pour une dernière représentation à la Caserne Dalhousie, ce soir, à 19 h, à l’occasion du Carrefour international de théâtre, la proposition de la compagnie L’Eau du bain met en vedette cinq personnes âgées, qui ne sont pas comédiennes, et qui sont locataires à la résidence Le Saint-Patrick, dans le quartier Montcalm.

Sur une scène épurée, un homme et quatre femmes, interrogés par la metteure en scène, Anne-Marie Ouellet, racontent des souvenirs de jeunesse.

Des séquences entrecoupées par des passages oniriques, où des fauteuils roulants, inhabités, se déplacent, sous des sonorités syncopées et des effets d’éclairages, dans la fumée. Une sorte d’antichambre évoquant l’Alzheimer, la mort et ceux qui sont disparus.

Il est touchant de voir ces gens, qui se pointent sur scène en chantant Les Feuilles mortes de Prévert, raconter, avec beaucoup d’humour, certains souvenirs de leur enfance.

Il y a Mme Justyne Boutin, qui a vécu durant 52 ans un amour sans monotonie avec Marcel. Une dame, Mme Claire Samson-Nolet, ne veut pas dépasser les «5 fois 20 ans». «Je veux vivre une vie intéressante et pas une vie couchée tout le temps. Wow, les pilules!», a-t-elle lancé avec fermeté.

Souvenirs de vie

Un homme, Georges-Édouard Audet, dont la mère aurait voulu qu’il soit curé, s’est retrouvé, barbe et cheveux longs, employé dans une librairie du Vieux-Québec, entouré d’étudiants, de poètes et de «beatniks».

Il y a aussi Mme Cantin, toujours en forme, et Mme Ouellet, ravie de relever ce défi de monter sur les planches à 86 ans.

Des souvenirs de vie qui risquent de s’effacer complètement, un jour, en raison de la maladie ou de la mort.

Livrée sous forme de courts témoignages, Nous voilà rendus est en quelque sorte une célébration de la vie avant le grand départ. La pièce se termine avec une belle séquence où les «comédiens» dansent sur des rythmes technos qui se mêlent à la chanson Ferme tes jolis yeux, simulant une mort qui devra attendre.

L’expérience, en raison de l’énorme courage des cinq participants, s’avère sympathique, sans aller profondément dans les peurs de ces gens qui s’approchent de la mortalité. Des moments illustrés par des séquences mettant en vedette des fauteuils roulants inhabités dans le noir. On a choisi de célébrer la vie.