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Adaptation réussie et sombre constat

Le Déclin de l’empire américain toujours d’actualité

Judith (Sandrine Bisson), Marie-Hélène (Marie-Hélène Thibeault) et Catherine ­(Éveline Gélinas) parlent de sexe et d’infidélité pendant que les hommes, au chalet, font de même en préparant le souper.
Photo Jean-François Desgagnés Judith (Sandrine Bisson), Marie-Hélène (Marie-Hélène Thibeault) et Catherine ­(Éveline Gélinas) parlent de sexe et d’infidélité pendant que les hommes, au chalet, font de même en préparant le souper.

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Des propos qui résonnent toujours, des phrases cultes qui font sourire et une mise en scène efficace et bien tricotée, l’adaptation théâtrale du Déclin de l’empire américain est une belle réussite.

Il y avait certains risques à amener le film de Denys Arcand dans la réalité d’aujourd’hui. En jouant avec la forme, Patrice Dubois et Alain Farah ont réussi en conservant l’esprit du long-métrage.

À l’affiche, pour une dernière représentation, samedi soir, à La Bordée, le Déclin de l’empire américain s’immisce un groupe de quarantenaires réunis dans un chalet.

Séparés en deux groupes, avant de se retrouver devant un agneau aux algues de Kamouraska, les hommes et les femmes parlent de sexe et d’infidélité.

Une solide équipe de comédiens, constituée de Patrice Dubois, Bruno Marcil, Marie-Hélène Thibault, Sandrine Bisson, Dany Boudreault, Éveline Gélinas, Simon Lacroix, Marilyn Castonguay et Jean-Sébastien Lavoie, évoluent sur un plateau de jeu très épuré et ne ­quittent jamais les planches.

Les scènes féminines et masculines se succèdent et s’imbriquent dans un ballet habilement chorégraphié.

Au bout de 45 minutes, un sentiment de déjà-vu s’installe avec la présence des phrases célèbres et des passages que l’on reconnaît. On se questionne sur la pertinence de transposer cette œuvre dans une autre époque.

Inattendu et fracassant

Les allusions à Tinder, aux gardes ­partagées de type 5-2-2-5, aux réfugiés syriens, au «grab them by the pussy» de Donald Trump et à 50 Shades of Grey ­situent cette relecture dans l’époque ­actuelle.

Infidèles, intellos et au-dessus de leurs affaires, les personnages n’ont pas changé.

Et c’est à ce moment que le rustre Marco débarque avec une prise de ­parole inattendue et fracassante, contre les intellectuels et la culture, épousant les discours souvent entendus dans les radios d’opinion.

Une prise de position qui n’était pas dans le film d’Arcand et qui amène l’œuvre hors du cadre cinématographique.

Et c’est lorsque tout s’écroule, avec les infidélités révélées de Patrice, que les masques tombent et que la dramaturgie explose sur les planches.

La mise en scène, le jeu des comédiens, et tout à coup, le Déclin 2.0 vient nous chercher. Et on quitte la salle en ­s’interrogeant sur une société qui n’a pas beaucoup évolué depuis 30 ans. ­Sombre constat.