/news/currentevents
Navigation

«Bon séjour en prison!»

Une victime a affronté son ancienne employée fraudeuse avant qu’elle ne prenne le chemin des cellules

palais de justice de Longueuil
Photo Chantal Poirier Brigitte Laflamme n’a visiblement pas apprécié se faire narguer hier par son ancien employeur, Michel Levac (ci-contre), à qui elle a volé près de 1,4 M$ en 10 ans. Elle a ensuite pris le chemin des cellules.

Coup d'oeil sur cet article

Un homme d’affaires floué a lancé «Bon séjour en prison!» à la figure de son ex-comptable et amie qui lui a soutiré 1,4 M$ en 10 ans malgré toute la confiance qu’il avait en elle.

Michel Levac a eu cette satisfaction lorsqu’il a croisé hier son ancienne employée, Brigitte Laflamme, dans le corridor du palais de justice de Longueuil. Il a été impossible d’entendre la vive réplique de la femme de 58 ans mais, selon M. Levac, elle aurait remis en doute sa collaboration pour le règlement d’une autre poursuite.

Elle a ensuite écopé d’une peine de quatre ans de pénitencier pour l’avoir fraudé pendant 10 ans. Si la Cour l’oblige à rembourser les sommes volées, il n’est pas clair que M. Levac en touchera une partie.

Michel Levac, victime
Photo Chantal Poirier
Michel Levac, victime

Rembourser en dix ans

Comptable pour l’entreprise Bellemont Powell, un courtier en alimentation, elle a fabriqué 1435 chèques frauduleux, de 2005 à 2015, pour un total de 1 339 986 $. Elle imitait la signature de son employeur et encaissait les chèques en argent comptant dans son compte bancaire personnel. Elle camouflait ensuite ses vols en entrant de fausses données dans le système comptable.

C’est M. Levac qui a découvert la fraude, par inadvertance, en juillet 2015. Au fil des années, Mme Laflamme subtilisait de plus en plus d’argent. En 2005, elle a encaissé 25 faux chèques, pour un total de 8763 $. Mais en 2014, elle s’est emparée de plus de 250 000 $.

Elle a avoué avoir dépensé l’argent volé en voyages, en plus de s’être payé du luxe et d’avoir «mis beaucoup dans sa maison». Une semaine avant que sa fraude ne soit découverte, elle avait même poussé l’audace jusqu’à inviter M. Levac chez elle pour lui montrer sa nouvelle piscine creusée.

Fait rare, l’accusée devra rembourser la totalité de la somme volée, comme l’avait réclamé le procureur de la Couronne, Me Simon Lacoste. Et à défaut de paiement dans les 10 années après sa libération, elle devra purger une peine supplémentaire de sept ans, a tranché hier le juge Pierre Bélisle.

Mi-figue mi-raisin

L’argent doit être versé dans les coffres de l’État, et non dans ceux de l’entreprise de M. Levac. Le magistrat a condamné l’accusée à payer une amende de plus de 1 M$, plutôt que d’émettre une ordonnance de remboursement au bénéfice de la compagnie fraudée. La loi qui permettrait au juge d’ordonner une telle chose n’était en effet pas en vigueur au moment où l’accusée a commis ses infractions.

«La saga est enfin terminée. Sur le plan criminel, pour moi, justice a été rendue. Mais financièrement, je me sens toujours pris avec cette fraude-là», laisse tomber M. Levac.

Ce que le juge pierre bélisle a dit

«[Michel Levac] ne comprend pas qu’une amie qu’il considérait comme sa sœur ait pu profiter de lui à ce point-là.»

«Au fil des années, ils sont devenus des amis qui se visitaient régulièrement. Il avait une grande confiance en elle jusqu’à la nommer fiduciaire de sa fiducie familiale. [...] Il s’est senti trahi par celle en qui il avait placé toute sa confiance.»

«[M. Levac et ses associés] ont trimé dur pour couvrir la paie des employés durant plusieurs années. S’il avait pu en bénéficier, l’argent volé aurait changé sa vie.»

«Sa turpitude morale [à l’accusée] est élevée. Elle a profité de sa situation privilégiée pour s’enrichir au détriment d’autrui.

Elle a utilisé cet argent à des fins de lucre pour maintenir un mode de vie festif et luxueux.»

«Moins de deux semaines avant la découverte de la fraude par inadvertance, elle a même poussé l’outrecuidance jusqu’à se faire photographier en maillot de bain sur le bateau de la victime en sa compagnie.»