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À la merci des annonceurs

Les jeunes, plus intéressants pour les annonceurs

Les jeunes loups
Photo d'archives Les jeunes loups

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La survie de notre télévision dépend des annonceurs qui cherchent à tout prix à rejoindre les 24-32 ans. On crée donc des séries qui s’adressent à eux, mettant en vedette des jeunes de leur génération. C’est ainsi que Michel d’Astous, auteur de plusieurs séries à succès, explique la faible présence de personnes âgées à l’écran.

«La télévision conventionnelle est faite pour vendre de la publicité. Elle s’adresse donc aux gens qui consomment. Les personnes âgées ne sont pas en train de s’installer dans un condo, leur peak de consommation est passé», résume Michel d’Astous en entrevue au Journal.

Avec sa complice Anne Boyer, l’auteur et producteur est derrière de nombreux succès télévisuels tels que Yamaska, Nos étés, Le Gentleman et plus récemment L’heure bleue.

«Dans Yamaska, on voulait présenter trois générations d’une même famille. Mais pour avoir des personnages plus âgés, il faut que le sujet s’y prête. Dans une série policière comme Le Gentleman, c’est plus difficile», explique Michel d’Astous.

Lundi, des artistes tels que Louise Bombardier et Janette Bertrand dénonçaient dans nos pages le phénomène d’âgisme qui mine le show-business québécois.

«La télévision est un reflet des valeurs de la société. On ne voit pas les personnes âgées dans la société, elles ne sont pas rentables sur le plan économique alors ça les rend plus absents», constate Michel d’Astous.

Fidèles au poste

Pourtant, les personnes âgées sont les plus présentes devant leurs écrans de télévision. Pour la saison 2015-2016, les 55 ans et plus passaient environ 47 heures par semaine à l’écoute, selon Numéris, organisme chargé d’étudier la consommation audio et vidéo au Canada.

«Pratiquement aucun effort n’est nécessaire pour rejoindre les 55 ans et plus. C’est une habitude bien ancrée», explique Claudia Massé, conseillère média sénior chez Carat, firme spécialisée en solutions médias numériques et diversifiées dans le marché.

Il est donc plus difficile d’interpeller les 24-32 ans, ce groupe d’âge tant prisé par les annonceurs. Cette génération ne passe en moyenne que moins de 21 heures par semaine devant leur téléviseur.

«Ils regardent la télévision, oui, mais pas nécessairement sur un écran de télévision standard; ça peut être sur une tablette, un téléphone ou un ordinateur. Ils consomment donc beaucoup de contenu télévisuel sur internet: des webséries, des films, des vidéos», explique Claudia Massé.

Faire compétition à Netflix

Elle ajoute également que 61 % des Canadiens âgés entre 18 et 34 ans étaient abonnés à Netflix en 2015, une plateforme sur laquelle il n’y a pas de publicité. Chez les 50-64 ans, ce pourcentage diminue de moitié, à 31 %.

«Plus on est jeune, plus on est susceptible d’être abonné à Netflix. Alors pour les attirer davantage à la télévision, peut-être que certains diffuseurs offrent une programmation qui s’adresse davantage à eux, avec des artistes de leur génération», commente-t-elle.

Un choc « assez violent »

Le comédien Louis-Georges Girard, également vice-président de L’UDA, a lui-même vécu l’expérience. L’homme de 62 ans a joué le rôle d’un grand-père durant sept ans dans la série Destinées, diffusée à TVA. Mais depuis que l’émission a pris fin en 2014, les contrats se font rares.

Louis-Georges Girard
Photo d'archives
Louis-Georges Girard

 

Selon lui, l’apparence joue un rôle très important dans les contrats offerts aux artistes.

«Depuis que j’ai les cheveux blancs et que je les perds, je dois jouer des rôles de grand-père. Peut-être que si j’avais plus de cheveux je travaillerais plus», lance-t-il en riant.

Il soutient également que le choc peut être «assez violent» pour les artistes vieillissants qui peinent à se trouver des contrats.

«Quand le téléphone commence à moins sonner, c’est très difficile. Moi je suis comblé parce que j’ai mes enfants et mes petits-enfants. Mais quand on n’a que son métier, ça peut être assez violent de moins travailler et de se faire dire par les gens dans la rue qu’on nous voit moins ou tout simplement plus», explique Louis-Georges Girard.


25,6% des membres UDA sont âgés de 55 ans et plus.

20% Les membres de 55 ans et plus ont touché 20% des salaires totaux des membres UDA en 2015

Des « valeurs plus sûres »

Les diffuseurs seraient plus portés vers les séries mettant en vedette des personnages plus jeunes. Des «valeurs plus sûres», selon l’auteur Réjean Tremblay.

«Les jeunes ont beaucoup de difficulté à comprendre et imaginer les pulsions et fantasmes des personnages de plus de 55 ans. Mais le public de 55 ans et plus, lui, se souvient des pulsions et fantasmes de sa jeunesse», explique celui à qui on doit des séries telles que Lance et compte et Scoop.

Du côté de Radio-Canada, on indique que les émissions mettant en scène des personnages plus jeunes, donc dans la trentaine, n’ont rien d’un «phénomène nouveau».

«L’équilibre entre les démographies est le même, pratiquement depuis que la télévision existe», soutient André Béraud, directeur des émissions dramatiques. Il cite en exemple des émissions passées telles que La vie, la vie (années 2000), Chambres en villes (années 1990) et La bonne aventure (années 1980) qui mettaient toutes en scène des trentenaires.

Les comédiens de cette génération se retrouvent aujourd’hui tout aussi nombreux qu’à l’époque. Mais le nombre de rôles qui leur sont destinés diminue au fur et à mesure qu’ils vieillissent.

Un Golden Girls québécois?

Des productions entièrement québécoises mettant en vedettes des personnages principaux plus âgés pourraient-elles obtenir un succès considérable? André Béraud y croit.

«Je suis un fan fini des Golden Girls. J’adorerais avoir un Golden Girls québécois, mais on ne me l’a pas proposé, alors ce n’est pas en développement. Personne ne l’a écrit», souligne-t-il.

TVA a décliné notre demande d’entrevue.