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La télé et les cheveux gris

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Dès le 28 juin, à Ici Tou.tv Extra, on verra la nouvelle série de Danielle Trottier, Cheval-Serpent, qui se passe dans un club de danseurs nus.

J’ai un scoop pour vous: aucun des beaux gosses qu’on verra­­­ torse nu se dandiner devant des femmes en chaleur n’aura plus de 65 ans. Il n’y aura pas d’éphèbe aux cheveux blancs déguisé en policier qui va danser sur I Will Survive. Pas un seul membre de la FADOQ dont on verra le gros paquet se balancer dans son slip.

Avant que les comédiens âgés de l’Union ne déchirent leur chemise en criant à la discrimination, je vous annonce que ce n’est pas de l’âgisme. C’est juste... la vie. La télé, c’est comme la vie. On est tous fascinés par la jeunesse.

L’ÂGE D’OR ?

Quand Le Journal a publié cette semaine sa série d’articles sur les acteurs trop vieux pour l’écran, j’ai bien sûr eu de la compassion pour les comédiens dont le téléphone ne sonne plus.

Mais on ne peut pas reprocher aux auteurs d’écrire plus de rôles pour les 25-54 ans que pour les autres. C’est entre ces âges-là que les humains ont leur vie active. Avant, ils étudient et après, ils ralentissent leurs activités.

Les séries télé reflètent la société. Quand tu écris sur un poste de police (comme District 31), tu décris un milieu de travail où les gens ont entre 25 et 54 ans. Et quand tu décris le milieu des agences paramilitaires (Blue Moon), tu braques tes projecteurs sur des jeunes taillés au couteau qui ont une force physique exceptionnelle.

PAS DE MALAISE

La télé québécoise des dernières années était remplie de personnages plus âgés absolument délicieux. Je pense en particulier à la mère de Martin Matte dans Les beaux malaises­­­, incarnée par une Michèle Deslauriers de 71 ans, qui nous a fait mourir de rire dans nos salons.

Mais est-ce que toute la série aurait pu se concentrer sur le personnage de Monique? Pas sûre.

Je comprends que les comédiens soient frustrés qu’on les appelle moins pour des rôles au fur et à mesure que les années passent. Mais il faut reconnaître que ça vient avec le métier qu’ils exercent.

Ils sont dépendants de l’imaginaire des auteurs, qui créent des univers qui les inspirent. On ne peut pas demander aux créateurs de respecter dans leurs histoires le pourcentage exact de personnes âgées qu’il y a au sein de la population.

On ne va pas mettre des quotas de vieux dans nos séries! C’est de la fiction, pas de la sociologie.

LA CÉRÉMONIE DES ADIEUX

Louise Bombardier se plaignait, dans Le Journal, que dans la moitié des projets qu’on lui propose, elle doit jouer «une personne mourante ou malade». Désolée, Madame­­­ Bombardier, mais ça reflète quand même la réalité, non? Quand on a 20 ans, nos amis nous annoncent leur mariage. À 30 ans, ils nous annoncent la naissance de leur enfant. À 40 ans, ils nous annoncent leur divorce. À 50 ans, ils nous parlent de leurs petits et gros bobos. Et à 60 ans, on est plus souvent invité au salon funéraire qu’à des baptêmes.

C’est le cycle de la vie. Et ça, même les auteurs télé n’y peuvent rien.