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L’insoutenable légèreté de Radio-Canada

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Expliquez-moi la différence entre Les échangistes et Le beau dimanche, si ce n’est que la première émission sévit tous les soirs de la semaine et que l’autre est en ondes seulement le dimanche soir? Deux émissions où le papotage ininterrompu est aussi captivant qu’une musique d’ascenseur. Deux talk-shows qui s’échangent les invités d’une semaine à l’autre.

De surcroît, plusieurs invités auront l’occasion de débiter aussi leurs balivernes à Indice UV, une autre «passionnante» émission estivale de Radio-Canada. Rien n’est plus incestueux que nos talk-shows. Je n’ai pas fait le compte, mais j’estime qu’au plus 100 personnalités artistiques ont suffi à «meubler» tous nos talk- shows de l’année, de Ça finit bien la semaine en passant par En mode Salvail et En direct de l’univers.

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu pour mériter une télévision publique aussi légère et inconséquente? Pourquoi tant d’émissions s’adressent-elles aux milléniaux, alors qu’ils regardent si peu la télévision? Les deux talk-shows d’été de Radio-Canada sentent le Plateau Mont-Royal à plein nez. Comment peuvent-elles intéresser les citoyens de Québec, de Chicoutimi, de Bouctouche ou de Sudbury? Ceux-ci n’ont rien à cirer du «small talk» dont se gave notre petit milieu artistique.

Belle parité des genres

Bon point, toutefois, Indice UV et Le beau dimanche atteignent la parité des genres. Dans Indice UV, une femme, Anne-Marie Wittenshaw, laisse le moins de place possible à son partenaire masculin, Mario Tessier, et, dans Le beau dimanche, c’est la femme, Rebecca Makkonen, qui se fait toute discrète pour laisser le plancher à Jean-Philippe Wauthier.

Un effort inutile de la part de Rebecca, puisque Wauthier fait tout ce qu’il peut pour la garder à sa place. Cela doit lui demander beaucoup de présence d’esprit tant il se soucie d’abord de son apparence.

Lisez-moi bien, ce jeune homme de 37 ans, qui est la saveur du moment et se mire à l’écran avec la même satisfaction qu’il doit avoir à se regarder dans le miroir, n’est pas nul. Loin de là. Il y a même du Laurent Ruquier (On n’est pas couché) chez lui. Il possède un égal talent pour la conversation, il est animé du même dynamisme et il a la même envie d’étonner. Si seulement il pouvait finir par se moquer de son image plutôt que de s’y complaire. Si seulement, il en arrivait à prêter plus d’attention à ses invités qu’à faire la roue et le bel esprit. J’espère pour le public que ce n’est pas au-dessus de ses forces.

On suit les règles

Quant à l’émission, elle est fidèle à ce qu’on avait annoncé. Elle copie le concept du talk-show «inventé» il y a près de 70 ans par Jack Paar. Elle se conforme aussi aux règles qu’ont suivies Johnny Carson, David Letterman et, plus près de nous, Jean-Pierre Coallier et Lise Payette.

Malheureusement, Wauthier tombe dans certains travers désagréables d’Éric Salvail. Est-il nécessaire, par exemple, d’annoncer chaque invité à tue-tête? On n’est pas sourd. Est-ce utile que le meneur de claques appelle l’auditoire à applaudir chaque fois qu’il y a «apparence» de bon mot?

Quant aux Échangistes, j’ai déjà dit le mal que j’en pensais. La deuxième saison ne me fera pas changer d’idée. Pas plus que je ne changerai d’idée sur l’urgence pour le Parlement de revoir en profondeur le mandat de notre diffuseur public.

Télépensée du jour

Je ne suis pas une princesse, je suis une reine – Michaëlle Jean.