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Le jury dans l’impasse au procès Cosby, le juge insiste

Bill Cosby Trial
Photo AFP

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NORRISTOWN |  Le jury du procès de Bill Cosby a annoncé jeudi être dans l’impasse, incapable de se prononcer à l’unanimité sur la culpabilité de l’acteur américain, accusé d’agressions sexuelles, mais le juge lui a demandé de poursuivre ses délibérations.

La justice américaine requiert l’unanimité du jury pour qu’un verdict puisse être prononcé, consensus qui n’est pas parvenu à se dégager en 29 heures de délibérations, étalées sur quatre jours.

Bill Cosby est accusé d’agression sexuelle sur Andrea Constand, à son domicile, début 2004. Il a reconnu s’être livré à des attouchements ce jour-là, mais assure que la relation était consensuelle.

Le comédien rendu célèbre par la série télévisée The Cosby Show (1984-1992) risque jusqu’à 30 ans de prison.

Si Andrea Constand est la seule pour laquelle les faits ne soient pas prescrits pénalement, plus de soixante femmes ont également accusé le comédien de 79 ans, icône de la culture populaire américaine.

En cas d’impasse («deadlock»), la loi de Pennsylvanie, où se déroule le procès, permet au juge d’ordonner aux jurés de poursuivre leurs travaux.

«Si après de nouvelles délibérations, vous êtes toujours dans l’impasse, vous devrez me l’indiquer», a-t-il expliqué aux jurés, selon une formule inscrite au code de procédure pénale de Pennsylvanie.

La loi ne prévoit pas de délai pour ces délibérations.

À l’annonce du jury, Bill Cosby a souri et échangé avec l’un de ses avocats, la mine réjouie.

Si l’impossibilité pour le jury de s’entendre sur un verdict se confirmait, elle entraînerait automatiquement l’annulation du procès, un immense camouflet pour l’accusation et une victoire inattendue pour le comédien américain.

Le ministère public aurait encore la possibilité de demander la tenue d’un nouveau procès, mais l’accusation aurait perdu son élan, face à un vieil homme qui fêtera ses 80 ans le 12 juillet.

Il faudrait aussi que le procureur du comté de Montgomery, dans lequel se trouve la résidence de Bill Cosby, s’assure qu’Andrea Constand serait prête à traverser un nouveau procès de plusieurs semaines.

Un juré récalcitrant?

Rien n’a filtré des délibérations du jury qui, depuis le début de ses travaux, a sollicité à de nombreuses reprises le juge Steven O’Neill pour obtenir des précisions sur le dossier.

Il a demandé à entendre, de nouveau, des extraits de dépositions, de Bill Cosby, d’Andrea Constand et d’un policier, afin de mettre en parallèle les versions de l’agresseur présumé et de sa victime supposée.

Tout est basé sur le témoignage des deux protagonistes, faute d’élément matériel ou de témoin direct qui pourraient corroborer l’une ou l’autre version.

«Beaucoup d’entre nous pensons que l’un d’entre eux (un juré) fait de la résistance et empêche les choses d’avancer» vers une condamnation, estime Victoria Valentino (74 ans), un ancien modèle du magazine de charme Playboy qui assure avoir été violée par Bill Cosby en 1969.

Jeudi, le juge a expliqué aux jurés qu’ils ne devaient «pas hésiter à revoir (leur) vision (du dossier) et à changer (leur) opinion».

Pour autant, ils ne devaient pas «se sentir obligés de renoncer à (leur) sentiment (...) du fait de l’opinion» des autres jurés, a-t-il ajouté.

Outre Victoria Valentino et Andrea Constand, qui assistent aux audiences, plusieurs victimes présumées du comédien et humoriste ont fait le déplacement à Norristown, petite ville de Pennsylvanie frappée violemment par la désindustrialisation.

Victoria Valentino est prête à tout, même à un acquittement. Elle ne croît pas, de toute façon, à l’idée qu’une victime d’abus sexuels puisse jamais «tourner la page».

Pour elle, l’affaire Cosby a relancé le débat sur le viol et la notion de consentement, ce qui est déjà, en soi, une victoire.

«Avant, il y avait cet éléphant dans la pièce dont personne ne voulait parler», dit-elle. «Même si l’issue n’est pas positive ici, la société aura été transformée grâce à ce débat».