/opinion/columnists
Navigation

La survie des Anglos

Coup d'oeil sur cet article

Coup de tonnerre mardi: «le gouvernement québécois s’inquiète de la survie de petites communautés anglophones isolées à travers le Québec». En quelques heures, la nouvelle est devenue «le gouvernement québécois s’inquiète du sort de la minorité anglophone».

Avec des réactions à l’avenant: «la minorité la plus choyée monde, des riches qui refusent de parler français; qu’ils s’intègrent, le français est en danger, etc.»

Oui, il y a des gens qui rêvent d’un Québec 100 % francophone. Comme il y a des Canadiens anglais qui rêvent d’un Canada 100 % anglophone.

C’est triste de voir nos fanatiques anti-anglais­­­ partager la même paranoïa que les fanatiques anti-français du ROC. Mais bon.

Erreur sur les communautés

Les communautés isolées dont parle le gouvernement n’ont rien à voir avec les villes de l’ouest de Montréal, là où se concentrent les «angryphones».

Pensons plutôt à New Carlisle en Gaspésie­­­, village natal de René Lévesque­­­, fondé en 1784. La majorité des 1388 habitants sont anglophones.

À Grosse-Île, aux Îles-de-la-Madeleine, où 465 anglophones de descendance écossaise vivent de la pêche depuis le 18e siècle. À côté, l’île d’Entrée, anglophone, n’a plus que 65 habitants. Et pas d’enfants.

Aux villages du Pontiac aux noms british, comme Chelsea, Bristol et Clarendon, dont 80 % des 1256 habitants parlent anglais.

Sur la Basse-Côte-Nord, des villages de quelques centaines de pêcheurs anglophones comme Gros-Mécatina, Saint-Augustin, Chevery ou Harrington Harbour, enrubannent la côte du golfe du Saint-Laurent.

Armand Joncas, maire de Blanc-Sablon, population 1100 et anglophone à 75 %, a fait des démarches en 2014 pour «sortir» sa ville du Québec pour se joindre à Terre-Neuve-Labrador, s’estimant négligé par Québec. Il n’y a toujours pas de route pour s’y rendre.

Qu’on m’explique en quoi une meilleure offre de services en anglais à ces véritables communautés historiques constitue une menace pour le français au Québec. J’y vois plutôt un bel exercice de construction d’un pays.