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L’avènement de l’électro keb

L’avènement de l’électro keb

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Depuis les clubs obscurs et les vinyles importés jusqu’à l’arrivée de l’internet, la scène électro québécoise a connu toute une transformation. Avec une Saint-Jean 100% locale prévue la semaine prochaine, le Piknic Électronik met de l’avant une culture undeground changeante, mais plus vivante que jamais.

Quand Frédéric Blais a quitté Québec pour Montréal en 1995, être amateur de musique électronique n’était pas chose aisée. «On s’inspirait beaucoup de la culture rave qui émergeait en Angleterre. On recevait nos magazines anglais vraiment en retard, et ensuite je devais aller dans un magasin pour commander des vinyles, qui arrivaient encore plus en retard...Ça prenait du temps!», se remémore celui désormais connu sous son nom de scène de Fred Everything, un précurseur du deep house qui roule sa bosse en tant que DJ depuis plus de 20 ans.

Assis à ses côtés sur une des tables de pique-nique parsemées sur le site de Piknic Électronik, le jeune DJ Darien Pons, alias Ponsolo, l’écoute en riant. Dire que son apprentissage du métier de DJ a été plus accessible que pour Fred Everything relève de l’euphémisme.

Après avoir complété une formation en jeu théâtral à Montréal, le jeune artiste ontarien est tombé en amour avec les afterpartys montréalais, et a découvert Mastercraft et Daft Punk.

«Je suis allé voir sur YouTube pour comprendre comment ça fonctionnait, et je me suis acheté un petit CDJ, une table tournante digitale. Ce n’est que plus tard que j’ai appris comment faire sur vinyle!», explique en rigolant le DJ de 27 ans, dans un français parfait.  

De l’électro pour tous

L’Internet a définitivement fait de l’électro un style musical accessible et démocratique, une réalité qui comporte toutefois certains désavantages. «Avant, on pouvait voyager et ramener de la musique inconnue ici, ce qui faisait que chaque personne avait des sélections plus uniques. C’est comme ça que tu formais ton identité! Puisque tout est disponible instantanément maintenant, c’est sûr que c’est un peu plus homogène», remarque Frédéric Blais.

Exit, la nécessité de passer par une étiquette de disques : désormais, n’importe qui peut créer une chanson et la lancer immédiatement dans l’immensité du web. «Je pense que la clé, ça demeure d’injecter ta personnalité dans ce que tu fais, pour éviter le générisme», souligne Darien Pons.

Cette touche distinctive se trouve souvent dans les multiples influences qu’un DJ réussit à marier, afin de créer un son unique. «Ça doit être un amalgame. Même l’électro, c’est un terme large qui englobe plein de sous-catégories, comme le acid house ou le deep house. J’étais fan de New Order étant jeune, j’insère aussi des références disco...Il faut amener son style, pas juste s’influencer d’un style musical!», nuance Frédéric Blais.

Montréal en effervescence

Ce dernier a d’ailleurs vécu à Londres et à San Francisco avant de redéposer ses valises en ville. «En 2007, j’avais le sentiment d’avoir plafonné ici. C’est impossible de caractériser la scène montréalaise actuelle, mais je dirais qu’il y a une diversité nouvelle, ça a vraiment grandi», estime Frédéric Blais.

«Quand j’étais jeune, c’étaient les skaters contre les jocks, contre les punks : c’était vraiment compartimenté! Maintenant, les gens sont ouverts, tout se mélange. Le seul dénominateur commun, c’est d’avoir du plaisir», renchérit Darien Pons.

Pas besoin de chercher loin pour confirmer cette impression : la scène extérieure du Piknic en contrebas est remplie de gens aux styles les plus éclectiques. «Pour moi, l’électro devrait être un safe space pour permettre aux gens de sortir de leur routine de 9 à 5, de sortir du politique, du racisme...Le besoin de se rassembler a toujours été vital, peu importe le type de musique», croit Frédéric Blais.

«Anyway, it’s all dance music», lance Darien Pons.

Fred Everything et Ponsolo seront au Piknic Électronik le 25 juin.