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Les employés du CHUL ébranlés par quatre suicides en six mois

Sans présumer un lien, le syndicat déplore la pression et la surcharge de travail

Quebec
Photo D’archives, Stevens Leblanc Des travailleurs du CHUL s’interrogent sur les suicides de trois de leurs collègues et d’une ex-consœur depuis le début de l’année.

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C’est la consternation chez les employés du CHUL, à Québec, après que deux de leurs collègues et une ex-consœur aient récemment mis fin à leurs jours. Un premier suicide avait eu lieu en début d’année. Ces gestes malheureux portent à quatre le nombre de suicides survenus parmi le personnel de cet hôpital universitaire dans les six derniers mois, a appris Le Journal.

«Ça fait peur. Bientôt, nous allons avoir besoin de spécialistes pour nous aider à aider d’autres personnes. M. Barrette a-t-il connaissance de la détresse psychologique des travailleurs du réseau de la santé?», exprime un employé ébranlé, qui a requis l’anonymat.

La direction du CHU de Québec est toutefois catégorique: il s’agit, selon elle, de cas isolés qui ne sont nullement reliés aux conditions de travail qui prévalent.

«Ces personnes ne travaillaient pas dans les mêmes secteurs. Un maximum de soutien a été donné aux gestionnaires et au personnel touchés. Il y a eu des rencontres de groupe et individuelles avec un psychologue», précise la porte-parole du CHU de Québec, Geneviève Dupuis.

Une travailleuse n’ayant plus de lien d’emploi avec le CHUL s’est enlevé la vie, il y a quelques jours à peine. Depuis le mois de mai, une employée du centre de recherche et un infirmier ont mis fin à leurs jours. Un premier suicide est également survenu en début d’année.

Triste rappel

En 2010, le CHUL avait été secoué par les décès par suicide de quatre infirmières en l’espace d’un an et demi.

Bien qu’il ne pouvait relier ces gestes dé­sespérés aux conditions de travail, le syndicat avait alors souligné la détresse importante chez les infirmières.

«On est loin du contexte de travail de 2010, alors qu’on vivait une grave pénurie de personnel. La situation s’est grandement améliorée», stipule Mme Dupuis.

Surcharge de travail

Aujourd’hui, la présidente du STT du CHU de Québec-CSN, Chantal Cauchon, n’est pas en mesure de faire un lien entre ces plus récents suicides et le travail.

«Est-ce que la surcharge de travail est reliée à leurs suicides, je ne peux pas le savoir, mais une chose est certaine, elle existe au CHU de Québec, ça c’est certain», affirme-t-elle.

Selon cette dernière, les équipes de soins se retrouvent très souvent en manque d’effectifs. «Il n’y a pas assez de gens sur la liste de rappel. La pression est importante et le personnel a du mal à suffire à la tâche», illustre-t-elle.

Centre de prévention : Les appels à l’aide d’employés de la santé en hausse

Le Centre de prévention du suicide de Québec reçoit davantage d’appels à l’aide de travailleurs du réseau de la santé, constate la directrice générale, Lynda Poirier.

«La détresse psychologique est en hausse dans le réseau de la santé. Le fait de vivre des chambardements de structures organisationnelles peut, pour certains, être un élément déclencheur critique. On sait qu’on a davantage eu de discussions et fait d’interventions auprès de collègues de travail du réseau depuis que les milieux de travail sont en bouleversement», confirme Mme Poirier.

Selon cette dernière, cela vaut aussi bien pour les employés syndiqués que pour le personnel-cadre.

«Ce qui est positif, c’est que plus de gens demandent de l’aide. Ils nous parlent davantage de leur détresse et ils utilisent les programmes d’aide aux employés ou d’autres ressources. Cela fait une différence», s’encourage Mme Poirier.

Ce n’est pas rare également que des proches inquiets communiquent avec les intervenants du centre.

« Travailleurs à bout »

Jocelyn Gauvin, président du syndicat CSN des employés du CIUSSS de la Capitale-Nationale, montre du doigt la surcharge constante combinée aux chambardements dans le réseau de la santé.

«Il y a de la détresse psychologique, on ne peut pas le nier. Les travailleurs sont rendus à bout. La fatigue autant physique que psychologique s’installe. Deux ans après la fusion, il y a encore énormément d’employés qui ne connaissent pas leur supérieur», observe M. Gauvin.

Recherche de solutions

Au CIUSSS, une table de travail a été récemment mise sur pied avec l’employeur afin de trouver des solutions.

Dans la région de Québec, on dénombre en moyenne deux à trois suicides par semaine parmi la population. Ce nombre est relativement stable depuis les dernières années.

«À la lecture des rapports de coroner sur les suicides, on note que, dans la grande majorité des cas, ces gens ne sont pas venus dans nos services», souligne Mme Poirier.

Allez chercher de l’aide

Le suicide est un phénomène marqué par une grande souffrance où interagissent différents facteurs individuels, sociaux, environnementaux et d’accessibilité aux services.

Centre de prévention du suicide de Québec

Centres de prévention du suicide de la région de la Capitale-Nationale

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